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Non à l’initiative du chaos – une menace pour les travailleuses et travailleurs de Suisse

29. mai 2026
Adrian Wüthrich
Adrian Wüthrich
Président de Travail.Suisse

Travail.Suisse dit non à l’initiative populaire de l’UDC « Pas de Suisse à 10 millions ». L’UDC la présente certes comme une panacée aux défis posés par la croissance démographique. Mais quand on y regarde de plus près, on a tôt fait de s’apercevoir que l’initiative ne résout aucun des problèmes qu’elle prétend combattre. Avec son approche intransigeante, elle crée au contraire quantité de nouveaux problèmes. Ce faisant, elle met en péril notre prospérité, nos salaires, le système de soins de santé, le financement de l’AVS et nos relations avec l’Europe. L’initiative aurait ainsi des conséquences désastreuses pour les travailleuses et travailleurs en Suisse. C’est pourquoi Travail.Suisse appelle à dire résolument non, le 14 juin, à la dangereuse initiative du chaos.

Menace sur l’emploi et la prospérité

Sous le couvert de la « durabilité », l’initiative n’a pas d’autre but que de torpiller la libre circulation des personnes. L’UDC poursuit ainsi ses attaques contre la voie bilatérale. Ce serait fatal aux branches d’activité tournées vers l’exportation. Car l’UE est de loin notre premier partenaire commercial, pesant pour plus de la moitié du commerce extérieur global de la Suisse. Autrement dit, l’initiative de l’UDC nuit au bon développement économique et met en péril nos emplois et notre prospérité. Ce sont les travailleuses et travailleurs qui en feraient les frais. Dans un contexte mondial incertain, on ne voit que trop aujourd’hui à quel point des règles fiables et des relations stables avec nos partenaires européens s’avèrent importantes. Toute politique de repli sur soi serait une expérience dangereuse à proscrire.

Exacerbation de la pénurie de main-d’œuvre dans le secteur de la santé

La Suisse dépend de sa main-d’œuvre étrangère, dans le secteur de la santé notamment. La pénurie de personnel soignant et de médecins se fait déjà sentir dans de nombreuses régions. À l’heure du vieillissement démographique, la situation ne fera d’ailleurs qu’empirer. D’une part, toujours plus de gens auront besoin de soins au fur et à mesure qu’ils vieillissent. D’autre part, les travailleuses et travailleurs issus de la génération des baby-boomers partent à la retraite, y compris dans le secteur de la santé, et il ne sera guère possible de tous les remplacer. L’initiative du chaos exacerberait encore cette pénurie. Le personnel en sous-effectif verrait sa charge de travail s’alourdir, et donc les délais d’attente augmenteraient et la qualité des soins prodigués aux patients en pâtirait. Outre les hôpitaux, les établissements médico-sociaux et les services d’aide et de soins à domicile seraient durement touchés. Quiconque souhaite une bonne prise en charge médicale pour lui-même et ses proches doit par conséquent se garder d’exclure quiconque y contribue au quotidien.

Ne mettons pas en péril la protection des salaires

L’UDC aime à dire que l’initiative profiterait aux travailleuses et travailleurs suisses. En réalité, elle s’en prend directement aux instruments qui garantissent aujourd’hui nos salaires et nos conditions de travail. La protection des salaires ne fonctionne que grâce aux règles claires et aux contrôles instaurés dans le cadre des accords bilatéraux. Chaque année, des dizaines de milliers de contrôles sont effectués pour prévenir la sous-enchère salariale. Or c’est précisément ce qui reste en travers de la gorge de l’UDC. Elle ne veut pas entendre parler de salaires minimums négociés d’un commun accord, de conditions de travail minimales, de contrôles ou de sanctions. C’est pourquoi elle s’attaque depuis des années à ces garde-fous protecteurs et veut enterrer les mesures d’accompagnement. En cas d’acceptation de son initiative, l’UDC risque bien de parvenir à ses fins. Il faut dire que la limitation de la population résidente ferait exploser le nombre de frontaliers, de travailleurs détachés et de résidents de courte durée. Dans un tel scénario, les salaires entreraient dans une spirale baissière dans divers secteurs, en l’absence de contrôles rigoureux. Il s’ensuit qu’une solide protection salariale, des conditions de travail équitables et une bonne formation initiale et continue sont les mesures qui profiteraient le plus au quotidien aux travailleuses et travailleurs en Suisse.

Plus jamais le statut de saisonnier

Avant l’introduction de la libre circulation des personnes, la main-d’œuvre étrangère occupée en Suisse avait le statut de saisonnier. Son activité avait un caractère temporaire ; elle ne pouvait pas changer librement de lieu de résidence ou de travail, et le regroupement familial lui a longtemps été interdit. De nombreuses familles ont ainsi été séparées, et des enfants ont parfois vécu cachés pendant des années. Les employeurs, qui avaient un pouvoir considérable, pouvaient dicter les salaires et les conditions de travail selon leurs seuls intérêts, et la sécurité sociale faisait souvent défaut. Ce système a laissé des blessures profondes. Or l’initiative sur le chaos fait craindre le retour à un système à deux vitesses, avec moins de droits et moins de protection pour les travailleuses et travailleurs étrangers. Nous ne devons tolérer en aucun cas une telle régression sociale.

L’initiative affaiblit l’AVS

Notre société vieillit à grande vitesse. Or la Suisse a besoin qu’un nombre suffisant de personnes actives versant des cotisations aux assurances sociales. Les travailleuses et travailleurs immigrés y apportent une contribution majeure, aidant à assurer la pérennité de l’AVS. L’initiative du chaos grèverait davantage encore le financement de l’AVS. Car la population active diminuerait inexorablement sans l’apport migratoire, et donc les pressions redoubleraient sur les rentes et les réformes à venir.

La Suisse a besoin de solutions concrètes, pas d’une politique purement symbolique

Les défis auxquels notre pays est confronté sont bien réels. Mais ce n’est pas un plafonnement rigide de la population qui les résoudra. Cette politique purement symbolique ne créera aucun logement, ni ne fera circuler davantage de trains ou ne favorisera l’emploi. Bien au contraire, l’initiative du chaos met en péril les acquis sociaux de la main-d’œuvre occupée en Suisse. Elle affaiblit l’économie, menace les emplois, complique l’accès aux soins de santé et remet en cause la protection salariale qui a fait ses preuves. L’initiative du chaos favorise un frileux repli sur soi et constitue une source d’insécurité et de déstabilisation.

Il faut par conséquent envoyer un signal clair aux urnes le 14 juin : nous devons dire résolument « non » à cette initiative du chaos extrêmement dangereuse.

Au sujet de Travail.Suisse

Travail.Suisse est la principale organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses en Suisse, elle agit en toute indépendance politique et confessionnelle. Travail.Suisse défend sur le terrain politique et auprès du grand public les intérêts des 130 000 membres des fédérations affiliées, et plus généralement de tous les travailleurs et travailleuses. Travail.Suisse est un des quatre partenaires sociaux au niveau national et compte dix fédérations.

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