Communiqué de presse
La formation professionnelle suisse continue d’offrir de solides perspectives d’emploi, mais elle fait face à des défis croissants. Le Rapport sur l’éducation en Suisse 2026 met en évidence une stagnation du taux de certification du secondaire II, une baisse du nombre d’entreprises formatrices et une perméabilité limitée vers le tertiaire. Travail.Suisse soutient une évolution de la formation professionnelle visant à renforcer la qualité des apprentissages, valoriser le travail des formateurs et formatrices en entreprise et réduire les inégalités socio-économiques.
Le Rapport sur l’éducation 2026 propose une analyse complète du système éducatif suisse, de l’école obligatoire à la formation continue. Il met en lumière les performances du système sous l’angle de l’efficacité, de l’efficience et de l’égalité des chances, dans un contexte marqué par la transformation technologique, l’essor de l’intelligence artificielle ainsi que par des défis sociaux et environnementaux croissants.
Des signaux d’alerte qui ne peuvent être ignorés
La formation professionnelle demeure un pilier du système éducatif suisse, et offre des perspectives solides sur le marché du travail. Les données du rapport confirment que les titulaires d’un diplôme professionnel présentent un risque de chômage inférieur de 50 % à celui des personnes sans formation postobligatoire, tout en bénéficiant d’un revenu en moyenne supérieur d’environ 10 %.
Malgré ces atouts, plusieurs indicateurs montrent une fragilisation progressive du système. Le taux de certification du degré secondaire II reste en deçà de l’objectif politique de 95 % et a même reculé ces dernières années, passant de 91,5 % en 2016 à 90,1 % en 2022. Cette évolution interpelle d’autant plus que les cantons où la formation professionnelle est fortement développée présentent en général des taux de certification plus élevés. Dans le même temps, la perméabilité vers le degré tertiaire demeure limitée. Seules environ 20 % des personnes issues de la formation professionnelle accèdent, dans les huit ans suivant leur diplôme, à une formation professionnelle supérieure, et à peine 15 % entament des études dans une haute école spécialisée. Sans maturité professionnelle, les perspectives restent très restreintes, avec un taux d’accès d’environ 11 %, contre près de 71 % pour les titulaires d’une maturité professionnelle. Cette situation est d’autant plus préoccupante que le taux de maturité professionnelle en cours d’apprentissage (MP1) a diminué de 13 % entre 2014 et 2023.
Un autre signal préoccupant concerne le recul du nombre d’entreprises formatrices. En l’espace de dix ans, plus de 6’000 entreprises ont cessé de former des apprenties et apprentis, soit environ une sur dix ! Cette évolution fragilise directement le système dual, alors même que les entreprises en constituent la pierre angulaire. Dans le même temps, la formation reste globalement rentable pour elles, avec un bénéfice net moyen d’environ 4’500 francs par contrat d’apprentissage et par année.
Le rapport met également en évidence une baisse des compétences scolaires des jeunes en début d’apprentissage. Entre 2012 et 2022, le niveau en langue et en mathématiques a diminué de manière équivalente à une année scolaire entière, ce qui soulève des questions importantes quant à la préparation des jeunes à entrer dans une formation exigeante. Par ailleurs, les parcours restent marqués par des interruptions fréquentes, puisque 24 % des contrats d’apprentissage CFC et 26 % des AFP sont résiliés de manière anticipée. Toutefois, ces ruptures ne signifient pas un abandon du système, puisque 80 % des jeunes concernés poursuivent ensuite une formation professionnelle. Enfin, les inégalités sociales continuent de peser lourdement sur les parcours. En 2022, plus de la moitié des élèves avaient des parents titulaires d’un diplôme tertiaire, une proportion en hausse de 30 % en dix ans. Dans le même temps, 55 % des personnes issues de familles hautement diplômées accèdent à une haute école, contre seulement 17 % pour celles dont les parents ne disposent d’aucune formation postobligatoire.
Un système sous pression face aux mutations économiques et sociales
Ces évolutions interviennent dans un contexte de transformations profondes. Les mutations technologiques modifient les exigences du marché du travail, tandis que l’incertitude face à l’automatisation influence le choix professionnel. Une étude citée dans le rapport montre ainsi que les adultes seraient prêts à accepter une baisse de revenu de 20 % si cela permettait de réduire de 10 % le risque d’automatisation. Parallèlement, les enjeux climatiques influencent de plus en plus les choix professionnels, notamment vers des métiers liés à la transition écologique. Sur le plan structurel, l’économie a fortement évolué au cours des dernières décennies, avec une hausse marquée des professions intellectuelles et scientifiques, dont la part est passée de 7,3 % en 1970 à 26,8 % en 2023, tandis que les métiers qualifiés de l’industrie et de l’artisanat ont reculé de 25,1 % à 9,5 %. Sur le plan démographique, les défis sont également importants. Le nombre de personnes en formation au degré secondaire II devrait augmenter d’environ 16 % entre 2023 et 2033. Dans le même temps, les départs à la retraite vont s’intensifier, ce qui accentuera temporairement la pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Enfin, une part non négligeable de la population reste sans qualification postobligatoire. En 2023, cela concernait 14 % des personnes âgées de 25 à 64 ans, soit environ 530’000 adultes, dont une majorité est active sur le marché du travail. Actuellement, seules 4 % des certifications professionnelles pour adultes (CPA) passent par la validation des acquis de l’expérience (VAE), un potentiel encore largement inexploité.
Malgré ces pressions, la formation professionnelle fait preuve d’une belle résilience. Les parcours ne sont pas toujours linéaires, mais restent dynamiques, et la majorité des jeunes obtient une qualification. Cette capacité d’adaptation ne doit toutefois pas masquer les limites structurelles. Elle pose également la question de l’équilibre entre spécialisation et généralisation : dans 60 % des professions sanctionnées par un CFC, moins de 100 diplômes sont délivrés chaque année, et seules douze professions dépassent 1’000 diplômés par année.
Préserver un modèle d’excellence en le faisant évoluer
Pour Travail.Suisse, les signaux d’alerte que relève le Rapport sur l’éducation en Suisse doivent être pris au sérieux, ceci afin de préserver un système qui constitue l’un des fondements du modèle éducatif suisse. Il est essentiel de renforcer le soutien et la reconnaissance des formateurs et formatrices en entreprise – sans formateurs en entreprise, pas d’entreprises formatrices ! Le développement des échanges linguistiques doit être encouragé afin de renforcer les compétences et la mobilité des apprenti-e-s (actuellement, le taux d’échange est d’env. 10 % dans la formation générale contre 1 % en formation professionnelle). L’orientation professionnelle doit également être consolidée, d’autant plus que les jeunes identifient les enseignant-e-s comme des acteurs clés dans leurs choix professionnel. Par ailleurs, il est nécessaire de valoriser davantage la formation professionnelle supérieure et de faciliter l’accès au degré tertiaire. La maturité professionnelle joue ici un rôle central et doit être renforcée. La réduction des inégalités liées au milieu socio-économique doit constituer une priorité afin de garantir une véritable égalité des chances. Enfin, la formation professionnelle doit continuer à s’adapter aux transformations technologiques et environnementales, tout en préservant la diversité des métiers et en renforçant les compétences transversales.
Renseignements
Jackie Vorpe, Responsable politique de formation, vorpe@travailsuisse.ch, 078 895 01 37