Thèmes – Travail – Salaires des managers

Pas de plafond pour les salaires au bel étage

L’étude menée cette année par Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs, et portant sur les écarts salariaux 1 2013 dans 27 des plus grandes entreprises helvétiques montre que les rémunérations versées aux dirigeants de la branche des assurances et des banques ne cessent d’augmenter. Après la stabilisation présumée de 2012, l’écart salarial s’est de nouveau creusé dans différentes grandes entreprises. Ainsi, pour Bruno Pfister, CEO de Swiss Life, il s’est creusé de 26% pour se situer dans un rapport de 1 sur 76, alors que le secteur bancaire a même connu de nouveaux écarts salariaux se situant dans un rapport supérieur à 1 sur 200. suite

Les difficultés du contexte actuel n’ont pas empêché les banques et les assurances passées sous revue 2 d’enregistrer une bonne année 2013. Les résultats réjouissants se reflètent également dans les indemnités versées aux dirigeants et aux membres du conseil d’administration qui profitent d’augmentations souvent insolentes de leurs rémunérations. L’année a été moins réjouissante pour les travailleurs, dont les emplois sont mis en péril par des restructurations et des projets de délocalisation à l’étranger, et dont les salaires stagnent.

Swiss Life: une rémunération fluctuante/ en dents de scie pour le CEO

Swiss Life a connu un bon exercice 2013. Son bénéfice net de 784 millions de francs constitue le meilleur résultat obtenu depuis la crise financière. Son CEO Bruno Pfister en a profité, son salaire ayant augmenté de 26% environ pour atteindre 4,24 millions de francs. Cette hausse lui a permis de compenser largement la perte de gain subie l’année précédente: en effet, il avait alors vu sa rémunération chuter de 19%, une baisse due à un amortissement de 578 millions de francs pour AWD. Les activités de Bruno Pfister au sein du groupe ont donc été rémunérées à peu près de la même manière que lors de son entrée en fonction en 2008. Il faut encore attendre pour voir si le salaire se stabilise à ce niveau (1:75) ou si le successeur du partant Bruno Pfister brise au cours des prochaines années le seuil des 1:100. Par rapport à la moyenne de la direction du groupe, l’écart est de 1 sur 39 3 , les membres de la direction ayant vu leur rémunération augmenter de 16,5% pour atteindre désormais 2,175 millions.

Quant au président du conseil d’administration, M. Rolf Dörig, il peut se réjouir d’une hausse de quelque 5% de son indemnité. CEO de Swiss Life jusqu’en 2008, il est actuellement en outre président du conseil d’administration d’Adecco, vice-président du conseil d’administration de Kaba Holding SA, membre des conseils d’administration de Danzer SA et de Walter Frey Holding SA. Pour ses activités au sein de Swiss Life SA, il a touché 1,8 million, ce qui correspond à 32 fois le montant du salaire annuel le plus bas de l’entreprise. Les autres membres du conseil d’administration ont gagné en moyenne 192‘000 francs.

Zurich: une croissance modeste entraîne pourtant de considérables augmentations de salaires

L’évolution des salaires de Zurich Insurance Group est inconcevable. Le chiffre d’affaires et le bénéfice net n’ont que légèrement augmenté (1,12%, respectivement 0,34%), alors que le coût salarial moyen par membre de la direction du groupe a augmenté de 11,37%, ce qui correspond à une rémunération de quelque 4 millions de francs par an. Mais si l’on considère les récents développements, la manne n’est tombée unilatéralement que sur l’équipe de direction. Ainsi la compagnie d’assurances a annoncé à mi-mars la suppression de 800 postes de travail d’ici à la fin de l’année, afin d’économiser 250 millions de francs dans le cadre d’une restructuration. Il n’est donc pas surprenant à cet égard que Martin Senn, son CEO, n’ait pas à se serrer davantage la ceinture et continue de toucher 7,6 millions de francs (rapport de 1 sur137). En l’occurrence, ce sont les travailleurs qui, supportant le risque supposé que court l’entreprise, devront trouver un nouveau travail.

Des changements se sont produits, début août, au sein du conseil d’administration de la Zurich. Josef Ackermann – rendu célèbre par son objectif de rentabilité de 25% des fonds propres de la Deutsche Bank – a quitté la présidence du conseil d’administration, ce qui a soulevé un certain nombre de questions. Il est clair que M. Ackermann avait touché jusque-là 667‘000 francs. Calculée sur un an, il s’agirait d’une hausse salariale de 35%, se chiffrant à 1,143 million de francs pour ce mandat. Tom de Swaan a repris cette fonction par intérim, avant d’y être confirmé en obtenant 89,69% des voix lors de la dernière assemblée générale. M. de Swaan a touché 669‘000 francs, mais tout laisse supposer que sa nouvelle rémunération frôlera le million en 2014 pour ce nouveau poste. L’indemnité moyenne versée aux membres du conseil d’administration a baissé de 1% environ pour atteindre 332‘000 francs.

Helvetia et La Bâloise: mise en œuvre anticipée de l’ORAb

La Bâloise a enregistré un exercice solide en 2013. Certes, son bénéfice net n’a pas pu rivaliser avec l’excellent résultat de l’année précédente (- 6,1%, ce qui correspond à 455,4 millions de francs), en revanche son volume d’affaires a augmenté de 7,8% pour atteindre 9‘009 millions de francs. A l’issue de ce résultat, la rémunération de son CEO a diminué: M. Martin Strobel a touché 2,728 millions, soit quelque 3% de moins qu’en 2012, ce qui correspond encore tout de même à un écart salarial de 1 sur 50. En 2013, l’indemnité versée au président du conseil d’administration, M. Andreas Burckhardt, est restée inchangée, se montant à 1,379 million et représentant un écart salarial de 1 sur 25. En revanche, M. Jan de Meulder, qui dirige le groupe en Allemagne, a obtenu une juteuse hausse de salaire, de 12% environ, en touchant 2,2 millions de francs.

En mettant en œuvre rapidement l’Ordonnance contre les rémunérations abusives dans les sociétés anonymes cotées en bourse (ORAb), La Bâloise n’a pas eu recours à la marge de manœuvre temporelle que lui permettait la loi, ce qui est tout à son honneur. Ainsi, les actionnaires ont déjà pu se prononcer cette année – avec effet obligatoire – sur les indemnités et rémunérations à verser aux membres de la direction du groupe et du conseil d’administration, ce vote n’a toutefois pas provoqué de vastes débats. Par contre, la votation préalable sur les rémunérations flexibles est à considérer comme un point négatif. De ce fait, les actionnaires ne peuvent pas codécider si les bonus versés pour un exercice sont conformes à l’évolution des affaires. Quant à Helvetia, elle est allée plus loin en votant cette année déjà – avec effet obligatoire – sur les salaires versés au niveau de la direction. Au contraire de La Bâloise, la part flexible de la rémunération ne sera votée qu’ultérieurement. A une forte majorité, les actionnaires se sont toutefois prononcés en faveur des hausses de rémunérations à verser aux membres de la direction (9%) et du conseil d’administration (7%). De ce fait, le CEO Stefan Loacker gagne désormais 1,634 million de francs, soit 27 fois le salaire le plus bas.

Mise en œuvre de l’ORAb

Les assemblées générales que plusieurs grandes entreprises suisses ont tenues jusqu’ici indiquent que l’objectif visé par l’initiative Minder, à savoir mettre un terme aux rémunérations abusives, sera à peine atteint avec la mise en œuvre de l’ORAb. Une nette majorité en faveur des rémunérations proposées par les grands groupes s’est dégagée de toutes les votations ayant force obligatoire comme de toutes les autres votations consultatives qui représentent également les vues des actionnaires. Et ce, en dépit du fait que les caisses de pension suisses ainsi que les fondations de placements, Ethos en particulier, s’opposent souvent aux rémunérations élevées. Les gros investisseurs internationaux et les représentants des investisseurs étrangers, – il y a lieu de souligner notamment les conseillers des voix américaines de l’ISS – qui peuvent infléchir jusqu’à 30% des votes, ont par contre d’autres priorités. Ainsi, ils se mobilisent en faveur de votations préalables à caractère obligatoire, en ce qui concerne la part flexible (de la rémunération) également. Cette variante est privilégiée pour éviter l’incertitude, ce qui reflète également les principaux intérêts des investisseurs internationaux. C’est essentiellement avec des objectifs financiers que l’on investit dans les grands groupes suisses et, si les rendements et le cours des actions évoluent favorablement, il ne faut guère s’attendre à ce que les investisseurs se dressent contre les rémunérations des dirigeants. Il serait pourtant nécessaire de le faire précisément dans les groupes qui versent des rémunérations de l’ordre de 7, voire 8 chiffres, car il ne sera pas possible d’atteindre une majorité – sans les voix des investisseurs internationaux – pour lutter contre ces abus.

A propos des salaires abusifs dans les grandes banques: pas de stabilisation en perspective

Deux de ces géants internationaux, UBS et Credit Suisse, vont tenir leur assemblée générale dans la semaine à venir. Les deux banques auront un vote consultatif sur la rémunération des dirigeants du groupe et les deux ont enregistré une augmentation outrageuse des salaires. Ainsi, le CEO Sergio Ermotti a vu son traitement augmenter de 21%, franchissant ainsi la barre des 10 millions et – avec 10,7 millions de francs – son salaire est même plus élevé que celui de son prédécesseur, en 2007. L’employé d’UBS touchant le salaire le plus bas devrait donc travailler pendant 214 ans pour gagner le salaire annuel que mérite apparemment le CEO aux yeux de la banque. Il est frappant de constater qu’au niveau de la direction d’UBS – du moins en ce qui concerne la rémunération des propres postes de ses cadres – on n’a tiré aucune leçon de la crise financière, de la crise durable de l’endettement et de la fragilité du secteur financier en Suisse. Bien au contraire: M. Andrea Orcel, le CEO de l’Investment Banking sous les feux de la critique, touche 11,17 millions de francs, soit la rémunération la plus élevée jamais versée au sein d’UBS. Dans l’ensemble, les salaires attribués au sein de la direction du groupe ont augmenté de 20%, ce qui correspond à 7,16 millions de francs par an. Même M. Axel Weber a été généreusement rétribué à hauteur de 6 millions de francs (+12%) pour ses fonctions de président du conseil d’administration.

On note des tendances comparables au Credit Suisse. Pour cette grande banque, qui s’est surtout fait remarquer ces derniers temps par de continuels litiges juridiques, le travail de son CEO vaut près de 10 millions de francs. L’an passé, en touchant 9,43 millions de francs (soit un écart salarial de 1 sur175), il a gagné 25% de plus que l’année précédente, et même 75% de plus qu’il y a deux ans. Les salaires moyens des membres de la direction du groupe ont augmenté, eux aussi, pour atteindre 6,57 millions, soit environ 7% de plus que l’année précédente. Dans ce cercle de nantis, la rémunération de Urs Rohner, président du conseil d’administration de Credit Suisse, paraît presque modeste: il a touché la coquette somme de 4,9 millions de francs, soit 6% de moins que l’année précédente.

Les salaires abusifs versés par les grandes banques ne semblent donc pas devoir se stabiliser et il reste à voir si les actionnaires vont se dresser contre cette évolution. S’ils ne le font pas maintenant, face à ces rémunérations qui explosent, comment la nouvelle ORAb sera-t-elle efficace? Quoi qu’il en soit, on peut supposer que l’ORAb ne mènera pas à la démocratisation souhaitée des grands groupes en renforçant la position de leur assemblée générale. Elle mènera plutôt à une ploutocratie des actionnaires, dans laquelle de riches investisseurs internationaux accumuleront encore davantage de richesses sans désapprouver le moins du monde les super-nantis qui se trouvent à la tête de ces groupes. Les véritables problèmes contre lesquels le peuple suisse s’est dressé en votant OUI à l’initiative contre les rémunérations abusives, resteront donc sans solution. Il faut trouver de nouvelles voies afin que le fossé cesse de se creuser entre la population et les nababs de l’économie.


1 La différence entre le salaire le plus bas et la rémunération la plus élevée au sein d’une entreprise.
2 Zurich Insurance Group, La Bâloise, Helvetia, Swiss Life, UBS et Credit Suisse.
3 Sans le CEO.

Annexe Dimension

Managerloehne Versicherungen und Banken f.docx 25 KB

28 avril 2014, Markus Koch, Salaires des managers Drucker-icon

Une indignation qui se mue en éloignement

Une ruée vers les bonus, qui dure depuis plus d’une décennie au sein du monde feutré des étages supérieurs, a détruit la confiance de la population dans l’économie et ses organisations. Le oui à l’initiative sur les rémunérations abusives l’a clairement montré. Plusieurs campagnes de votation relatives à la libre circulation des personnes vont être agendées. Les accords bilatéraux et le modèle suisse de réussite sont à disposition. La politique est sollicitée et c’est uniquement si elle réussit à réinstaller la confiance et répartir plus équitablement les fruits de la croissance que la libre circulation des personnes et les accords bilatéraux vont aussi passer l’obstacle des votations à venir. suite

Travail.Suisse analyse depuis quelques années l’évolution des salaires des managers. Dans le meilleur des cas, le bilan s’avère mitigé. Les évolutions négatives l’emportent de beaucoup car, comme auparavant, elles concernent la plus grande partie des entreprises qui ont été prises sous la loupe. La nécessité d’une action politique reste donc d’actualité.

Une perte croissante de confiance dans l’économie

Ceci d’autant plus que l’évolution des salaires des managers a suscité une vive réaction parmi la population, réaction qui ne s’est pas arrêtée à ces salaires. Aujourd’hui, un fort septicisme envers les problèmes liés à l’économie règne en Suisse. La crédibilité des milieux économiques et de leurs organisations en a souffert et le oui catégorique à l’initiative sur les rémunérations abusives l’a clairement révélé. L’indignation suscitée par les rémunérations abusives a contribué à ce que l’économie s’est aliéné la population.

Cette situation a donc une importance primordiale étant donné que plusieurs campagnes de votation sur la libre circulation des personnes – et donc sur les accords bilatéraux – nous attendent. Dans ce contexte, le manque de crédibilité accordée à l’économie et le fait que celle-ci s’est aliéné la population pourraient devenir un véritable problème pour la Suisse. Un problème qui dépasse grandement la question des salaires des managers et qui ne peut être surmonté que si la politique trouve des réponses efficaces.

Stabilisation au sommet – tendance ininterrompue dans le gros du peloton

L’analyse menée cette année par Travail.Suisse relative à l’évolution des salaires des managers montre que le laissez-faire ne peut être une option. Certes, on observe une certaine stabilisation au sommet, les salaires se stabilisent donc, tout en restant à un niveau outrageusement élevé. Cette situation concerne par exemple les banques et la branche pharmaceutique ainsi que Nestlé.

Mais, pour les « viennent ensuite », la tendance est ininterrompue. Dans des entreprises comme Lonza, Clariant ou Kuoni, les salaires aux étages supérieurs ont également démesurément augmenté l’an passé. Une comparaison sur la durée, établie depuis 2002, montre que dans ces mêmes entreprises et quelques autres comme Georg Fischer ou Oerlikon les salaires les plus élevés, et donc l’écart salarial, ont doublé voire presque triplé, alors que les prestations de ces entreprises sur le plan économique ont été plutôt modestes et n’ont pas suivi le rythme de l’envolée des hauts salaires. Dans une seule entreprise – Coop – la moyenne des rémunérations des membres de la direction du groupe n’a pas dépassé le salaire annuel de la collaboratrice la moins bien payée.

Une telle tendance parmi les « viennent ensuite » met clairement en évidence le fait que les mentalités n’ont pas évolué et qu’on ne peut s’attendre à une correction à la baisse. Les excès débridés continuent de s’étendre et une autorégulation n’est pas à attendre, initiative sur les rémunérations abusives ou pas. Plus que jamais les politiques sont appelés à mettre des limites à ces excès, car le fait que les salaires continuent d’augmenter sans vergogne, alors que la pression est de plus en plus forte sur les bas salaires, est inacceptable et nuisible pour la Suisse.

Mise en demeure urgente des politiques

Depuis des années, nous demandons aux politiques de contrer l’envolée des salaires des managers et d’entreprendre quelque chose pour rétablir la confiance entre la population et l’économie. Peu de choses ont été entreprises jusqu’à présent et ce qui a été fait ne l’a été que sous une forte pression.

Entre-temps, les salaires n’ont pas été seuls à augmenter : l’indignation a aussi grandi, à laquelle s’est ajouté – comme déjà souligné – le fait que l’économie s’est aliéné de plus en plus la population. Au vu des importantes votations qui s’annoncent concernant la libre circulation des personnes, l’urgence d’agir s’impose aux politiques. On n’a plus le temps d’attendre que la situation s’améliore dans les étages directoriaux, la politique doit donc endosser un rôle-clé et proposer des réponses crédibles, non seulement à la question des salaires des managers, mais aussi à celle de la répartition de la richesse, à savoir :

- Limiter les salaires des managers et mettre fin au cartel des salaires : en ce qui concerne les salaires des managers, une limitation matérielle s’impose et entraîne un oui à l’initiative 1:12. Nous continuons en outre de demander le vote obligatoire des actionnaires, sur le salaire de chaque membre de la direction et du conseil d’administration d’un groupe. Mais pour que le pouvoir des travailleurs et travailleuses, comme celui des actionnaires, soit renforcé le personnel doit être bien représenté au sein du conseil d’administration, ce qui permettra de faire sauter le cartel des salaires des managers et de renforcer l’orientation des entreprises sur le long terme.
- Protéger les salaires et les conditions de travail : la mise en confiance nécessite non seulement un frein aux salaires des managers, mais aussi la protection des salaires et des conditions de travail des « simples » travailleurs et travailleuses. Par conséquent, les politiques doivent garantir des salaires minimaux par région et par branche et donner aux partenaires sociaux de nouveaux outils leur permettant d’imposer ces salaires minimaux. De plus, les attaques réitérées contre les horaires de travail – mot-clé : travail de nuit et travail du dimanche – sont contre-productives puisqu’il s’agit de rallier la population aux préoccupations de l’économie.
- Mettre fin à une politique fiscale au service des revenus élevés et des bénéfices des entreprises : la politique fiscale appliquée par les cantons profite avant tout aux managers qui ont des revenus élevés et aux entreprises qui versent de tels salaires. En parallèle, de nombreux cantons doivent faire des économies et, lorsque l’argent manque pour les transports publics, l’entretien des routes, les services de santé, la formation, les garderies etc., ce sont avant tout la classe moyenne et les personnes à bas revenus qui en subissent les conséquences. Cette situation creuse encore plus le fossé entre la population et l’économie. Le moment est venu de miser aussi dans le domaine de la politique fiscale sur plus d’égalité à la place de plus d’inégalité.

Travail.Suisse réclame donc des mesures visant une Suisse prospère, au sein de laquelle toutes et tous bénéficient de sa prospérité croissante, une Suisse où l’économie rime avec plus d’égalité et non avec plus d’inégalité. L’endiguement des salaires excessifs des managers n’est certes qu’un élément de cette démarche, mais il est incontournable.

Annexe Dimension

PD Une indignation qui se mue en éloignement.doc 34 KB

24 juin 2013, Martin Flügel, Président Drucker-icon

Répartir équitablement les fruits de la croissance

Les salaires des managers les mieux payés se sont stabilisés à un niveau très élevé. Mais, dans de nombreuses entreprises, les salaires des managers se sont aussi envolés en 2012. Corollaire: une perte croissante de la confiance de la population dans l’économie. suite

Pour la neuvième fois de suite, Travail.Suisse, se basant sur les rapports annuels de 27 entreprises suisses, a pris sous la loupe les salaires de leurs managers et calculé les écarts salariaux qui apparaissent – donc le rapport entre le salaire le plus élevé et le salaire le plus bas. Le constat est amer: certes, depuis 2009 l’écart salarial ne s’est plus autant creusé qu’entre 2002 et 2008 dans les entreprises qui versent les salaires les plus excessifs à leurs managers, mais pour la plupart des autres entreprises concernées par l’analyse des salaires des managers, l’envolée a aussi été rapide en 2012.

En outre, il ressort d’une comparaison établie sur la durée depuis 2002 que dans des entreprises telles que Lonza, Clariant, Kuoni, Georg Fischer et Oerlikon, les salaires les plus élevés ont doublé voire presque triplé et que leur hausse a été démesurément forte par rapport à celle du salaire le plus bas. Cette envolée débridée des salaires les plus élevés est d’autant plus incompréhensible que la prestation économique de ces entreprises a été plutôt modeste durant cette période.

Cette répartition inéquitable des revenus induit une perte croissante de la confiance de la population dans les objectifs et la démarche de l’économie. Le oui catégorique à l’initiative sur les rémunérations abusives souligne clairement cette évolution.

Les politiques doivent endosser un rôle moteur

Par conséquent, non seulement les politiques doivent endosser un rôle moteur en ce qui concerne les salaires des managers, mais aussi trouver des réponses crédibles à la question de la répartition de la richesse, à savoir :

- Limiter les salaires des managers et mettre fin au cartel des salaires : en ce qui concerne les salaires des managers, une limitation matérielle s’impose et entraîne un oui à l’initiative 1:12. Travail.Suisse continue en outre de demander le vote obligatoire des actionnaires, sur le salaire de chaque membre de la direction et du conseil d’administration d’un groupe. Mais pour que le pouvoir des travailleurs et travailleuses, comme celui des actionnaires, soit renforcé le personnel doit être bien représenté au sein du conseil d’administration.
- Protéger les salaires et les conditions de travail : la mise en confiance nécessite non seulement un frein aux salaires des managers, mais aussi la protection des salaires et des conditions de travail des « simples » travailleurs et travailleuses. Par conséquent, les politiques doivent garantir des salaires minimaux par région et par branche et donner aux partenaires sociaux de nouveaux outils leur permettant d’imposer ces salaires minimaux.
- Mettre fin à une politique fiscale au service des revenus élevés et des bénéfices des entreprises : la politique fiscale appliquée par les cantons profite avant tout aux managers qui ont des revenus élevés et aux entreprises qui versent de tels salaires. En parallèle, de nombreux cantons doivent faire des économies et, lorsque l’argent manque pour les transports publics, l’entretien des routes, les services de santé, la formation, les garderies etc., ce sont avant tout la classe moyenne et les personnes à bas revenus qui en subissent les conséquences.

Travail.Suisse réclame des mesures visant une Suisse prospère, au sein de laquelle toutes et tous bénéficient de sa prospérité croissante, une Suisse où l’économie rime avec plus d’égalité et non avec plus d’inégalité. L’endiguement des salaires excessifs des managers en est un élément incontournable.

Pour plus d‘informations:
Martin Flügel, Président, tél: 031/370.21.11 ou 079/743.90.05
Josiane Aubert, conseillère nationale et vice-présidente, tél. 079/635.98.20
Dario Bucheli, collaborateur de projet, tél. 031/370.21.11

Annexe Dimension

Managerlohnstudie f 2012.pdf 514 KB

PK 240613 f Text M Flügel.doc 33 KB

PK 240613 f Text J Aubert.doc 29 KB

PK 240613 f Text D Bucheli.doc 46 KB

PK 240613 f Text D Bucheli 2.doc 46 KB

TravailSuisseA4 F.pdf 1830 KB

24 juin 2013, Martin Flügel, Président et Dario Bucheli, Collaborateur de projet Drucker-icon

Les banques en pleine transformation –
les salaires des dirigeants reprennent l’ascenseur

L’année 2012 n’a pas été facile pour les banques, mais cela n’a pas eu le moindre effet sur les rémunérations de leurs dirigeants, rémunérations qui ont de nouveau tendance à progresser. suite

L’année 2012 a de nouveau été difficile pour les banques. Les amendes et les provisions pour les cas litigieux, la dépréciation du goodwill par suite des restructurations, la réévaluation des propres engagements et le bas niveau des intérêts ont pesé lourdement sur les deux grandes banques helvétiques UBS et Credit Suisse. Même cinq ans après la crise financière, elles étaient encore en plein processus d’adaptation au nouveau contexte des diverses réglementations. La branche ne peut pas se soustraire à l’incertitude économique du moment. Pourtant, quiconque s’attend à une diminution des rémunérations des dirigeants en raison de cette situation se fait des illusions.

UBS: un relèvement des salaires des dirigeants en raison de la “modestie” des anciens directeurs en la matière

En 2012, UBS a versé au total 2,5 milliards de francs en bonus tout en enregistrant une perte nette de 2,5 milliards de francs. La raison réside dans le fait que UBS distribue les bonus après avoir calculé le bénéfice avant impôts « ajusté » de quelque 3 milliards de francs, qui ne comprend ni dépréciation du goodwill (d’environ 3 milliards de francs suite à la restructuration de la banque d’investissement (Investment Bank), ni réévaluation de la dette (de quelque 2,5 milliards de francs). La banque ne pourrait verser des bonus encore plus élevés que si elle ne prenait pas en considération non plus l’amende de 1,5 milliard de francs lié aux affaires du Libor.

Par conséquent, le résultat d’UBS semble, à première lecture, plus mauvais qu’il ne l’est en réalité. En effet, sur le plan opérationnel, UBS a réalisé un bénéfice, la gestion de fortune a augmenté grâce à l’apport de nouveaux fonds et, en fin d’année, le cours de l’action était supérieur de 27,6 pour cent à celui l’année précédente. Pourtant, 2012 a été une année de mutation et en aucun cas une année de succès, sauf pour les actionnaires qui ont profité de dividendes en hausse de 50 pour cent.

Dans le rapport d’UBS sur les indemnités, ce sont notamment les derniers changements de personnes (de Grübel à Ermotti en septembre 2011) et du président du conseil d’administration (de Villiger à Weber en mai 2012) qui ont eu des conséquences particulières. À cette époque, les anciens directeurs avaient renoncé à une grande partie de leurs droits en matière de salaire, ce que ne font pas le CEO actuel, Sergio Ermotti, et le président actuel du conseil d’administration, Axel A. Weber. Bien au contraire: le 3 mai 2012, M. Weber a même reçu 4,268 millions de francs à titre de prime d’engagement. En calculant sa rémunération sur toute une année et en y ajoutant la prime d’engagement, on obtient pour M. Weber un salaire annuel de près de 9,7 millions de francs, soit 194 fois ce que gagne un travailleur percevant le salaire le plus bas chez UBS.

Outre le changement de son président à plein temps du conseil d’administration, ce dernier a été élargi, passant de onze à douze personnes, et a augmenté la proportion des femmes en son sein. L’indemnité des membres du conseil d’administration exerçant cette fonction à titre accessoire est inférieure de un pour cent à celle de l’année précédente. Cette indemnité est demeurée à 1 sur 15 par rapport au salaire le plus bas.

Lors de l’exercice écoulé, l’indemnité la plus importante attribuée au sein de la direction du groupe UBS, soit 8,871 millions de francs, a été versée pour la première fois au CEO Sergio Ermotti. Le directeur du Groupe Amérique Robert McCann, qui avait encore gagné 9,183 millions de francs en 2011, a dû se contenter en 2012 de 8,555 millions de francs, soit 171 fois le salaire le plus bas versé par l’entreprise. L’écart salarial le plus important au sein de la direction du groupe s’est donc refermé de 3,4 pour cent, et se situe désormais à 1 sur 177. L’écart salarial entre la rémunération de M. Ermotti et le salaire le plus bas chez UBS s’est creusé de 4,8 pour cent par rapport à 2011, et même de 199 pour cent – en raison du renoncement de Oswald Grübel à sa rémunération variable – en comparaison avec la rémunération de son prédécesseur.

Pour les neuf autres membres qui siégeaient encore au sein de la direction du groupe UBS à fin 2012, le salaire n’est pas comptabilisé séparément. En moyenne, il s’élevait à plus de 6,2 millions de francs ou à 125 fois le salaire le plus bas chez UBS. Cet écart salarial s’est ainsi creusé de 10,3 pour cent par rapport à l’année précédente.

UBS: des reports d’indemnités et 24,5 millions de francs en attributions de compensation pour A. Orcel

Chez UBS, la nouvelle vedette s’appelle Andrea Orcel ; le 1er juillet, il a pris ses fonctions de CEO de la banque d’investissement (Investment Bank) au sein de la direction du groupe. Il a été incité à ce changement du fait que UBS a repris de son ancien employeur Bank of America Merrill Lynch des reports de rémunérations de près de 6 millions de francs en espèces et 18,5 millions en actions bloquées. Si ces attributions de compensation étaient considérées comme un salaire, M. Orcel aurait gagné, en 2012, 614 fois plus que le collaborateur touchant le salaire le plus bas chez UBS. Il ne s’agit pas d’une composante de salaire à proprement parler, mais d’une pratique discutable qui torpille le concept des reports de droits au salaire. Par le biais du report des indemnités, les dirigeants doivent se concentrer sur l’évolution à long terme de l’entreprise. En conséquence, le report des indemnités reste également lié aux critères de rendement et de performance au cours des années suivantes, et dans un cas extrême ce report des indemnités pourrait même être ramené à zéro. Si le report des indemnités des dirigeants est « racheté » selon ces pratiques du marché, comme elles l’ont été en 2012 par UBS pour A. Orcel et 202 autres cadres, toute la conception du report des indemnités sera remise en question.

Credit Suisse: les écarts salariaux se creusent pour MM. Shafir et Dougan au sommet de l’échelle des salaires

Contrairement à UBS, Credit Suisse a enregistré un bénéfice net en 2012. Toutefois, ce bénéfice de 1,349 milliard de francs était inférieur de 30,9 pour cent à celui de l’année précédente et se situait également en deçà des attentes des experts. Le cours de l’action en fin d’année n’était supérieur que de 0,9 pour cent à celui de 2011. Comme pour UBS, la forte réévaluation des propres engagements d’environ 2,9 milliards de francs a pesé sur le résultat de Credit Suisse.

L’année 2011 avait déjà été mauvaise pour CS en raison des transformations entreprises, ce qui avait alors également entraîné une réduction des rémunérations des dirigeants. Cette évolution bienvenue s’est de nouveau inversée en 2012.

Urs Rohner, président à temps complet du conseil d’administration de Credit Suisse depuis fin avril 2011, a reçu 5,235 millions de francs, soit près de 22 pour cent de plus que l’année précédente. L’écart salarial entre sa rémunération et celle d’un collaborateur touchant le salaire le plus bas de l’entreprise s’est creusé de 12 pour cent, et se situe à 1 sur 97.

Le conseil d’administration a été élargi, et compte une personne de plus, soit 14 membres exerçant leur fonction à titre accessoire. En dépit d’une indemnité globale plus élevée, l’écart salarial s’est donc réduit de 9,4 pour cent pour se situer à 1 sur 10.

D’importants changements ont été enregistrés au sein de la direction du groupe de Credit Suisse. Cinq membres ont quitté le navire au cours de 2012. Private Banking et Wealth Management (y compris Asset Management) ont fusionné et sont désormais dirigés conjointement par Hans-Ulrich Meister et Robert S. Shafir. À l’avenir, la banque d’investissement (Investment Bank) devrait, elle aussi, être dirigée conjointement par deux membres de la direction du groupe.

Comme l’année précédente, c’est Robert S. Shafir qui a touché l’indemnité globale la plus élevée versée par Credit Suisse. Après avoir reçu 8,5 millions de francs l’année précédente, il s’est vu attribuer en 2012 au total 10,59 millions de francs (plus 24,6 pour cent). L’écart salarial le plus important chez CS s’est ainsi creusé de 18 pour cent, pour se situer à 1 sur 191.

Après le recul massif de la rémunération de Brady Dougan en 2011, son indemnité globale a de nouveau augmenté cette année de 33,5 pour cent pour atteindre 7,77 millions de francs. Cette hausse est due principalement à la contre-valeur plus élevée des actions qui lui sont attribuées. Déjà, la tendance constatée au cours de l’an dernier visant à verser des rémunérations plus raisonnables aux dirigeants s’est de nouveau inversée. L’écart entre le salaire de B. Dougan et le salaire le plus bas de CS a augmenté de 26,5 pour cent et se situe à 1 sur 140.

Les salaires des onze autres membres de la direction du groupe ne sont pas communiqués individuellement. En moyenne, ils gagnent chacun près de 5,7 millions de francs, ce qui correspond à un écart salarial de 1 sur 105 (plus 3,4 pour cent).

Les actionnaires n’entreprennent rien

En 2012, en dépit d’importantes mesures d’économies et de restructuration – les deux grandes banques suisses ont supprimé plus de 2000 emplois à temps complet –, les deux groupes ont de nouveau distribué des rémunérations élevées à leurs dirigeants. Les nouveaux programmes de bonus des banques ne prévoient pas de baisser fondamentalement les rémunérations de leurs dirigeants, mais renouent plutôt facilement avec les anciens programmes. Cette évolution en direction d’une hausse des salaires des dirigeants n’est guère freinée par la seule initiative Minder. Lors des assemblées générales de cette année, les actionnaires ont été nettement plus nombreux que l’année précédente à approuver, lors d’un vote consultatif, le rapport sur les indemnités. Chez UBS, 82,5 pour cent des actionnaires ont approuvé le rapport sur les indemnités. L’année précédente, ils n’avaient été que 60 pour cent. Chez CS, l’approbation était même de 88 pour cent par rapport à 67,6 pour cent l’année précédente.

De nouvelles mesures politiques sont nécessaires afin de stopper cette évolution ou de l’inverser.

Annexe Dimension

Tableaux Ecarts salariaux banques.doc 73 KB

PD Salaires des dirigeants banques.doc 113 KB

10 juin 2013, Dario Bucheli, Collaborateur de projet Drucker-icon

Un beau succès en 2012 pour les assurances
dont les écarts salariaux se sont légèrement refermés

C’est Martin Senn, CEO de Zurich Assurance, dont la rémunération a dépassé en 2012 142 fois le salaire le plus bas, qui continue de présenter l’écart salarial le plus important chez les assurances passées à la loupe. L’écart salarial s’est refermé d’un faible 5 pour cent, comme celui de La Bâloise. L’écart salarial par rapport à la rémunération de Bruno Pfister, CEO de Swiss Life, s’est même refermé de 21 pour cent pour atteindre 1 sur 60. Par contre, chez Helvetia, le rapport entre le salaire le plus élevé et le salaire le plus bas s’est creusé de 11 pour cent. Plus de 27 collaborateurs touchant le salaire le plus bas devraient fusionner leurs salaires annuels pour atteindre celui du CEO Stefan Loacker. suite

Dans la branche des assurances, les conditions cadre commencent lentement à s’améliorer de nouveau. A titre d’exemple, en 2011, le tsunami au Japon, la crise grecque et les mauvaises conditions prévalant sur les marchés financiers ont durement frappé les comptes.

Dans l’ensemble, 2012 peut être qualifiée d’année fructueuse pour les assurances, également parce que toutes les assurances passées sous revue ont profité de la reprise des marchés financiers et que leurs investissements ont enregistré des résultats positifs.

Alors qu’en 2011 les écarts salariaux se sont creusés en dépit du recul des bénéfices, la tendance s’est inversée lors du dernier exercice, à quelques exceptions près.

Zurich Assurance: le chiffre d’affaires et le bénéfice sont en nette hausse, alors que les salaires des dirigeants sont en léger recul

Grâce au chiffre d’affaires qui a augmenté de plus de 40 pour cent pour atteindre plus de 66 milliards de francs, à un bon retour sur investissements et à la dissolution de réserves devenues inutiles, Zurich Assurance a augmenté son bénéfice net après impôts de plus de 11 pour cent, soit 3,721 milliards. En fin d’année, le cours de l’action Zurich affichait une augmentation de plus de 14,5 pour cent par rapport à l’année précédente.

Le 29 mars 2012, Josef Ackermann, le dirigeant controversé de Deutsche Bank, est devenu le nouveau président du conseil d’administration de Zurich Insurance Group. Son indemnité globale calculée sur un an s’est élevée à 846‘000 francs. C’est 15 pour cent de moins que le million perçu en 2011 par Manfred Gentz. L’écart salarial par rapport à la rémunération touchée par le président du conseil d’administration s’est refermé de 16,5 pour cent pour atteindre 1 sur 16. Travail.Suisse exige que cette évolution se confirme au cours des prochaines années et que l’indemnité du président du conseil d’administration n’atteigne plus jamais les montants exorbitants des années précédentes.

L’écart salarial le plus important constaté à Zurich Assurance, celui du salaire le plus bas par rapport à la rémunération du CEO Martin Senn, s’est légèrement refermé, de 5 pour cent, et atteint toujours un rapport incroyable de 1 sur 142. Toutefois, si l’on calculait la rémunération de M. Senn avec le cours du change annuel moyen de la BNS, l’écart salarial se creuserait alors, et ce, de 0,58 pour cent pour atteindre un rapport de 1 sur 146.

A l’exclusion du CEO, un membre de la direction du groupe Zurich touche en moyenne un salaire de plus de 3,5 millions de francs. L’écart salarial se referme de 10 pour cent pour se situer dans un rapport de 1 sur 67.

Swiss Life: l’intégration d’AWD a permis à l’écart salarial entre le salaire du CEO et le salaire le plus bas de se refermer de 20,9 pour cent

Au cours du dernier exercice, Swiss Life a tiré les conséquences du mauvais investissement fait en 2007 lors de l’acquisition du conseiller financier allemand AWD, qui n’a jamais convaincu depuis lors. La marque AWD a été liquidée et des produits choisis ont été diffusés sous la marque Swiss Life Select. Il en est résulté une réduction des actifs patrimoniaux immatériels de 578 millions de francs. D’où un recul de 84,7 pour cent du bénéfice net qui est passé de 606 à 93 millions. Après correction des effets spéciaux, le bénéfice net a augmenté de 22 pour cent et il ressort clairement que 2012 a tout de même été une bonne année pour Swiss Life, comme le confirme le cours de l’action qui a terminé en hausse de 40 pour cent par rapport à l’année précédente. Les raisons de ce succès sont à attribuer à des avancées opérationnelles, à un bon retour sur investissements, à une consolidation des provisions ainsi qu’au chiffre d’affaires en augmentation de 13 pour cent pour se situer à plus de 18,7 milliards.

En 2012, les indemnités versées aux membres du conseil d’administration sont restées au même niveau que l’année précédente. La plus forte croissance est celle de Rolf Dörig, président du conseil d’administration, avec 3,5 pour cent. Au moins, l’écart salarial de 1 sur 31 par rapport au salaire le plus bas, comme pour tous les autres membres du conseil d’administration, est resté le même que l’année précédente.

Les membres de la direction du groupe ont vu leur salaire diminuer de 6,2 pour cent par rapport à l’année précédente. Un membre de la direction du groupe (sans le CEO) ayant perçu en moyenne une rémunération 33 fois plus importante qu’un collaborateur touchant le salaire le plus bas, l’écart salarial s’est refermé de 2,8 pour cent. Le seul et unique écart salarial ayant enregistré en 2012 de fortes fluctuations par rapport au salaire le plus bas est occasionné par la rémunération du CEO Bruno Pfister. Avec 3,37 millions, ses services ont coûté à Swiss Life 19 pour cent de moins que l’année précédente, mais tout de même 60 fois plus que ceux d’un collaborateur touchant le salaire le plus bas. Son salaire moins important que celui de l’année précédente laisse supposer que la responsabilité du mauvais investissement relatif à AWD lui est attribuée, du moins en partie.

La Bâloise: troisième meilleur résultat depuis 11 ans, la direction du groupe gagne un peu plus

La Bâloise a fêté son 150e anniversaire avec un bénéfice consolidé du groupe qui a augmenté de 621,7 pour cent, passant de 61,3 à 442,4 millions de francs. Cet accroissement est dû au fait que 2011 avait été une année extrêmement négative en raison des réévaluations de valeurs des emprunts d’Etat de la Grèce et des écarts d’acquisition (goodwill) en Croatie. 442,4 millions de francs constituent tout de même un excellent résultat. Au cours des 11 dernières années, des bénéfices plus élevés n’ont été atteints qu’en 2006 et 2007. En fin d’année, le cours de l’action était de 21,9 pour cent supérieur à celui de l’année précédente.

Au sein de la direction du groupe, l’indemnité basée sur les actions a augmenté, alors que l’indemnité fixe en espèces a baissé. En moyenne, un membre de la direction du groupe La Bâloise (à l’exclusion du CEO) a perçu avec 1,6 million de francs 29 fois plus qu’un collaborateur touchant le salaire le plus bas. Cela signifie que l’écart salarial s’est creusé de 5,6 pour cent. Toujours est-il que la rémunération de 2,8 millions de francs du CEO Martin Strobel est en baisse. Le rapport entre le salaire le plus bas et le salaire le plus élevé s’est refermé de 4,7 pour cent et passe de 1 sur 54 à 1 sur 51.

Les rémunérations des membres du conseil d’administration ne peuvent que difficilement être comparées à celles des années précédentes. M. Burckhard, président du conseil d’administration, n’est pas un président exécutif comme l’était son prédécesseur Schäuble. Par conséquent, l’indemnité versée au président du conseil d’administration a diminué et l’écart salarial s’est refermé de plus de 60 pour cent. En revanche, l’indemnité versée à chacun des membres du conseil d’administration (sans le président) a augmenté de plus de 24 pour cent, et l’écart salarial s’est ainsi creusé de plus de 21 pour cent.

Helvetia: tous les écarts salariaux se sont creusés

Helvetia a connu un exercice solide et a enregistré de bons résultats. Son bénéfice a augmenté de 10 pour cent dans les affaires vie et de plus de 33 pour cent dans les affaires non vie; dans l’ensemble il a dépassé de 18 pour cent celui de l’année précédente. La stratégie de croissance de Helvetia porte lentement ses fruits: ce ne sont plus 90 pour cent, mais uniquement 69 pour cent du bénéfice qui ont été réalisés en Suisse. Helvetia a racheté l’assureur français de transports Gan Europcourtage et 51 pour cent de l’assurance vie italienne Chiara Assicurazioni, mais les effets de ces acquisitions ne seront visibles qu’à partir de 2013. Le cours de l’action était de 17,5 pour cent supérieur à celui de l’année précédente et le dividende a été relevé à 17 francs.

Dans l’ensemble, les écarts salariaux se sont creusés chez Helvetia, le plus notablement au sein de la direction du groupe: au total, les membres de la direction du groupe ont touché, comme l’année précédente, 6,882 millions de francs. Toutefois, un mandat a été supprimé. La rémunération individuelle d’un membre de la direction du groupe a donc augmenté de plus de 8 pour cent. L’écart salarial par rapport au salaire le plus bas a augmenté de 12 pour cent, se situant à 1 sur 21.

Quant au CEO Stefan Loacker, il a bénéficié d’une augmentation de salaire de 8 pour cent, touchant près de 1,5 million de francs, soit 27 fois le salaire le plus bas. L’écart salarial le plus important chez Helvetia a ainsi enregistré une augmentation de 11,3 pour cent par rapport à l’année précédente.

Il est nécessaire d’agir au niveau des salaires les plus bas

Contrairement à l’année précédente, les salaires les plus bas ont connu quelques changements au cours du dernier exercice. Helvetia constitue à cet égard une exception affligeante, étant donné que le salaire le plus bas versé chez Helvetia a baissé de 2,9 pour cent par rapport à l’année précédente.

En revanche, les trois autres assureurs ont relevé leur salaire le plus bas. Swiss Life verse au collaborateur touchant le salaire le plus bas 2,4 pour cent de plus que l’année précédente, La Bâloise 2,2 pour cent de plus et Zurich 1,36 pour cent de plus. Il convient toutefois de remarquer que chez Helvetia le salaire annuel le plus bas, soit 54‘360 francs, dépasse de 840 francs celui de Zurich, dont le chiffre d’affaires est environ 10 fois plus important que celui de Helvetia. Zurich, le prestataire suisse de services financiers le plus puissant selon le classement de Forbes, ferait bien de montrer l’exemple non seulement pour le montant des rémunérations de ses dirigeants, mais aussi enfin pour les bas salaires.

29 avril 2013, Dario Bucheli, Collaborateur de projet Drucker-icon