Thèmes – Formation – LEHE

La nouvelle Loi fédérale sur l’encouragement des hautes écoles et la coordination dans le domaine suisse des hautes écoles

La nouvelle LEHE est un projet unique pour le paysage de la formation suisse. Toutes les hautes écoles – c’est-à-dire les universités, les écoles polytechniques, les hautes écoles spécialisées et pédagogiques – bénéficieront à partir de 2015 d’un système de coordination et de promotion centralisé. Cette restructuration marque l’environnement des hautes écoles : de nouvelles organisations se sont constituées, d’autres sont en mutation et la participation se renforce. Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses exprime aussi sa voix dans ce cadre.

Pour cette raison, nous vous envoyons périodiquement une Info-Mail et faisons ressortir pour vous les acteurs, les forces et les aspects encore en chantier de la nouvelle LEHE. Si vous voulez aussi recevoir cette Info-Mail, merci de le signaler ici :










Ici vous trouvez les textes des Info-Mail :

L’étude sur les hautes écoles suscite des critiques

Avenir Suisse réclame un programme de remise en forme des hautes écoles suisses : plus de concurrence, moins de politique. Des spécialistes des sciences humaines et sociales estiment que la recette n’est pas pertinente. suite

En janvier, le groupe de réflexion d’Avenir Suisse a publié une étude sur les hautes écoles. « Les hautes écoles suisses – Plus d’excellence, moins de régionalisme », le titre est explicite. Dans ce rapport d’une centaine de pages, l’organisation, en majorité financée par des entreprises, réclame une plus grande qualité plutôt qu’une croissance plus étendue. Pour faire face à la concurrence internationale, les moyens financiers devraient être attribués de manière plus ciblée – donc, selon les auteurs, plus à la recherche et à l’enseignement de pointe, et en tenant moins compte des intérêts régionaux. Sinon, on risque un nivellement par le bas.

Markus Zürcher n’approuve pas cette façon de voir. Le secrétaire général de l’Académie suisse des sciences humaines et sociales rappelle l’importance des hautes écoles spécialisées, surtout pour l’économie régionale. Elles sont une des raisons qui justifient l’implantation de nouvelles entreprises, parce qu’elles offrent une main-d’œuvre qualifiée et permettent des développements axés sur l’application. Autre argument, et non des moindres, les institutions de formation ont aussi une grande valeur sociétale : elles attirent des jeunes qui apportent de la vie dans des villes plus petites, comme Coire. Une société à deux classes, comme les Etats-Unis l’encouragent avec leurs sept universités de prestige, ce n’est pas le modèle à suivre, estime M. Zürcher.

La recherche pour l’amour de l’argent

Avenir Suisse réclame aussi une autre orientation du financement. La concurrence doit s’intensifier en particulier pour les fonds destinés à la recherche, et l’économie doit s’engager plus fortement et, en établissant des règles contractuelles transparentes, empêcher que le contenu soit influencé par le financier. M. Zürcher estime que cette idée non plus n’est pas bonne. Au cours des dix dernières années, le financement compétitif a déjà presque doublé, tandis que le financement de base augmentait dans une bien moindre mesure, explique-t-il. La concurrence accrue mène trop souvent à faire du surplace. La rédaction de demandes de recherche et leur évaluation prennent beaucoup de temps. Sous la pression que constitue la nécessité de livrer immédiatement des résultats exploitables, des scientifiques sont amenés à faire de grandes promesses. Même si, après quelques mois, il apparaît que le travail commencé ne mène à rien, des projets sont fréquemment conduits jusqu’au bout, afin que l’argent octroyé au groupe de chercheurs ne lui soit pas retiré. Des résultats publiés prématurément ne peuvent pas être confirmés par des études de suivi. « La continuité fait défaut », constate M. Zürcher. En outre, c’est souvent la recherche fondamentale, suscitée par la seule curiosité et apparemment inutile, qui prépare le terrain pour les innovations d’après-demain. Avec le soutien financier toujours plus important d’entreprises et de fondations, le danger est grand que ne s’installe un déséquilibre : « Les sciences de la vie seraient fortement encouragées, les sciences humaines auraient à peine une chance ».

L’économie en mutation dépend de la flexibilité

Quelques autres points que l’étude aborde soulèvent encore des questions. Comment se fait-il, par exemple, que l’Université de Lucerne ait ouvert en 2014 une faculté de sciences économiques, alors que la Haute école de Lucerne – une haute école spécialisée – offre depuis plus longtemps une solide formation en gestion ? À Zurich aussi, l’Université et l’EPFZ toute proche présentent des filières d’études de chimie à orientation comparable. De tels doublons ne conduisent pas à une saine concurrence, affirme Avenir Suisse. Markus Zürcher est partiellement d’accord sur ce point. Mais il faut se rappeler que différentes spécialisations dans une même institution se nourrissent mutuellement. « Une haute école compétente en droit et économie, devrait simultanément donner de bonnes connaissances d’anglais ». Ce qui distingue les étudiants diplômés sur le marché du travail, ce sont les combinaisons insolites, par exemple, des juristes qui ont des connaissances en art, ou des gestionnaires qui parlent une langue non européenne.

Le représentant des sciences humaines et sociales estime légitime la demande de mieux encourager les branches MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles, technique). Mais ce soutien ne devrait pas se faire au détriment d’autres genres d’études, estime-t-il. C’est seulement dans quelques rares branches comme l’histoire et la psychologie que l’on compte trop de pertes. En revanche, des personnes ayant des connaissances dans des langues slaves ou indiennes ou des langues anciennes sont très demandées. Et il pose une question rhétorique : « Et qui aurait pensé il y a 20 ans que les sciences de l’islam deviendraient en peu de temps si importantes ? ». Deux tiers des emplois de 2040 ne sont pas du tout connus à l’heure actuelle. Même dans les sciences humaines et sociales, le taux de chômage est bas, ajoute Markus Zürcher. « Nous avons besoin de jeunes motivés, flexibles et heureux, qui apportent avec eux des compétences de base. »

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04 juin 2018, Andrea Söldi, libre journaliste RP Drucker-icon

« Sans vouloir faire des économies, nous voulons engager plus efficacement les fonds dont nous disposons »

Récemment le groupe de réflexion d’Avenir Suisse a publié une étude sur les hautes écoles, qui a fait froncer bien des sourcils. Son coauteur Matthias Ammann y déclare que la politique ne devrait pas avoir autant son mot à dire sur le sujet, que toutes les hautes écoles pédagogiques ne devraient pas (forcément) faire de la recherche et que les étudiants devraient payer davantage. suite

Dans un programme en dix points, vous demandez une cure de remise en forme pour les hautes écoles suisses. Nos institutions de formation se portent-elles donc si mal ?
Matthias Ammann:* La plupart d’entre elles fournissent un travail de qualité. Six universités suisses, dans lesquelles sont inscrits près de 40 % de tous les étudiants, font partie des 150 meilleures hautes écoles à travers le monde. À l’échelle internationale, c’est là un beau résultat. Mais face à une concurrence accrue, il sera difficile de se maintenir à ce niveau si les hautes écoles se dispersent au lieu de se concentrer sur certains domaines de la connaissance et de la recherche. La formation est de plus en plus onéreuse. Aussi devons-nous étudier de plus près les buts qu’elle permet d’atteindre. Nous ne voulons pas faire des économies, mais utiliser au mieux les fonds dont nous disposons.

La Loi fédérale sur l’encouragement des hautes écoles et la coordination dans le domaine suisse des hautes écoles (LEHE) a permis de métamorphoser radicalement l’espace de l’enseignement supérieur. Pourquoi souhaitez-vous déjà entreprendre une nouvelle refonte du système ?
La LEHE a apporté quelques changements tout à fait positifs, tels qu’une réduction des divers organes et instances, et une autonomie accrue pour chaque haute école. Pourtant, nous considérons que la politique occupe une place trop importante. Les hautes écoles devraient davantage tenir compte de la concurrence internationale et des besoins de l’économie plutôt que des intérêts régionaux. Il est également malsain que les politiques soient représentés dans les conseils des hautes écoles. Ils portent ainsi deux casquettes : ils confèrent un mandat de prestations tout en siégeant parallèlement dans l’instance chargée de son exécution. Nous souhaitons que les conseils des hautes écoles soient composés exclusivement d’experts issus du monde de la science, de l’économie et de la société.

Qui, mieux que des politiques élus démocratiquement, pourrait représenter les intérêts de la société ?
Le problème réside dans le fait que les politiciens représentent les intérêts régionaux au lieu de la formation supérieure globale offerte en Suisse. Souhaitant être réélus, ils s’efforcent donc d’obtenir le plus d’argent possible pour leur canton.

C’est pourtant légitime. Les hautes écoles contribuent considérablement aux développements économiques, également dans les régions périphériques, ce qui produit d’innombrables synergies avec les entreprises.
Ce n’est malheureusement pas le cas partout. Ainsi, alors que Winterthour fonctionne très bien avec la haute école zurichoise des sciences appliquées, ailleurs le nombre des entreprises est insuffisant pour permettre à un pôle (« cluster ») de se développer.

Davantage d’excellence plutôt qu’une vaste palette d’offres : certes, cela se justifie dans la recherche de pointe, mais cela ne vaut pas pour toutes les hautes écoles. N’est-il pas suffisant pour une petite structure de haute école pédagogique de former de bons enseignants pour sa propre région ?
D’accord. Et c’est justement la raison pour laquelle on devrait remettre en question le principe d’Humboldt, soit un idéal d’unité de la recherche et de l’enseignement. Tout bon enseignement ne doit pas nécessairement être étayé par sa propre recherche. Dans ce domaine aussi, nous demandons davantage de concentration plutôt qu’un éparpillement. Lors de l’octroi de fonds pour la recherche, des experts étrangers et indépendants devraient garantir que les fonds destinés au projet sont attribués à des chercheurs de pointe émérites.

Vous critiquez notamment les doublons : des programmes d’étude comparables qui se chevauchent dans des lieux géographiquement proches. La coordination prônée par la LEHE ne serait-elle pas justement appropriée pour améliorer les accords et la collaboration ?
La LEHE ne permet une coordination que dans les domaines à forte intensité de coûts, donc surtout en médecine et dans les disciplines de haute technologie. En outre, nous restons sceptiques à l’égard des instruments de planification économique. Il vaut mieux modifier les conditions-cadre – c’est-à-dire que concrètement l’incitation doit passer par des moyens financiers. On devrait réduire les contributions de base par étudiant et répartir davantage les fonds selon des critères de qualité.

Vous demandez des taxes d’études plus élevées. Or quiconque n’est pas issu d’une famille aisée doit aujourd’hui déjà assumer un taux d’occupation élevé. Comment voulez-vous garantir l’égalité des chances ?
En comparaison internationale, les taxes semestrielles sont très basses, mais varient fortement d’une haute école à l’autre. Cela entraîne un grand nombre d’abandons et de changements de filières d’études, parce que beaucoup d’étudiants ne sont pas bien au fait du coût des études. Ainsi la population active finance-t-elle des jeunes gens (garçons et filles) de milieux aisés – une redistribution du bas vers le haut. Mais pour les taxes plus élevées, on devrait mettre au point un système de prêts permettant de faire respecter l’égalité des chances.

Vous demandez même pour les étudiants étrangers des taxes couvrant les frais. Cela va à l’encontre de l’effort visant à attirer les meilleurs vers la Suisse. Ainsi, seuls celles et ceux qui en ont les moyens pourraient étudier dans notre pays.
Nous voyons deux stratégies possibles : Les hautes écoles interviennent en qualité de prestataires de services de formation qui exigent des étudiants étrangers une importante contribution aux frais d’études. Ou bien elles pratiquent l’importation de talents, en permettant aux plus intelligents et aux plus capables d’étudier en Suisse. Mais les quotas réservés aux ressortissants d’Etats tiers posent problème, car ils empêchent souvent l’engagement d’une main-d’œuvre formée chez nous. Il conviendrait donc en l’occurrence de prévoir des exceptions.

Matthias Ammann est coauteur de l’étude « Les hautes écoles suisses – Plus d’excellence, moins de régionalisme » et expert en formation auprès du groupe de réflexion (think tank) d’Avenir Suisse.

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04 juin 2018, Andrea Söldi, libre journaliste RP Drucker-icon

Des coopérations et des partenariats au lieu de la concurrence

Avenir Suisse demande un programme minceur pour les hautes écoles suisses basé sur plus de concurrence entre elles. Pour Travail.Suisse, si l’on veut véritablement renforcer les hautes écoles, il s’agit de prêter plus d’attention aux thèmes qui sont malheureusement négligés. suite

Avenir Suisse invoque l’autonomie des hautes écoles mais ne la définit que de manière superficielle. Rien n’est dit notamment sur la question du pouvoir de décision dans une haute école. Ainsi, nulle part dans l’étude figure le mot « participation ». Car, comme le montrent les critères d’accréditation en vigueur jusqu’ici, il y a manifestement un besoin d’agir dans les hautes écoles . Avenir Suisse préfère mettre l’accent sur de nouveaux modèles de gestion plutôt que de se demander comment inclure l’ensemble des expériences de tous les participants aux hautes écoles et comment il pourrait en résulter un climat plus motivant et stimulant. Car, il faut le dire, les hautes écoles tirent profit de l’engagement intensif des personnes les plus diverses dans leurs rôles respectifs. Mettre l’accent en premier lieu sur la concurrence et de nouveaux modèles de gestion a à cet égard des effets souvent contreproductifs.

Dans ce contexte, il est nécessaire de prendre en considération tout le domaine de l’administration des hautes écoles. On peut certes minimiser le problème. Mais notre expérience fait ressortir un problème de suradministration relatif à la gestion des hautes écoles réduisant ainsi les ressources financières pour l’enseignement et la recherche. Les représentants et les représentantes de l’économie pourraient ici se faire une image transparente de la situation sur le terrain et demander que l’on prenne d’éventuelles mesures pour baisser la charge administrative.

Ce qui est très important pour la compétitivité internationale des hautes écoles suisses, c’est la capacité de collaborer à l’intérieur de la Suisse même . Au lieu de pousser à la concurrence entre elles comme le demande Avenir Suisse, il serait préférable que les hautes écoles utilisent mieux les possibilités de coopération qui existent déjà aujourd’hui et les prennent davantage en considération. Là aussi, les conseils des hautes écoles ont devant eux un domaine d’action qu’ils n’ont guère pris en considération jusqu’ici, en l’occurrence l’échange avec d’autres conseils de hautes écoles et la recherche de coopérations et de partenariats.

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04 juin 2018, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation Drucker-icon

Il faut plus de coopérations et pas plus de concurrence

Sous le titre « Les hautes écoles suisses – Plus d’excellence, moins de régionalisme », Avenir Suisse a publié une étude avec un programme en dix points pour des hautes écoles concurrentielles. L’idée qui sous-tend l’étude est que la Suisse ne peut se maintenir dans la concurrence économique internationale que si elle dispose d’excellentes hautes écoles et d’excellents lieux de recherche. Et pour y arriver, il faut, selon Avenir Suisse une politique des hautes écoles plus concurrentielle mettant fin à la politique des hautes écoles actuelle qui serait trop marquée par les spécificités cantonales . Pour Travail.Suisse, les propositions figurant dans l’étude n’apportent pas plus d’excellence, mais plus d’administration et une formation déconnectée de la réalité du terrain. suite

Le mot « concurrence » est le concept qui marque de son empreinte l’étude d’Avenir Suisse : il est utilisé pour décrire la situation économique actuelle : la Suisse est confrontée à d’énormes défis au vu de la concurrence économique globale. Mais la concurrence est vue aussi comme solution au problème. En renforçant la concurrence parmi les hautes écoles suisses, la compétitivité de la Suisse en sortirait renforcée. Serait-ce le cas ? Personne ne nie le fait que la Suisse est confrontée à une concurrence économique globale exigeante. Mais ce concept de concurrence aide-t-il aussi à renforcer les hautes écoles ? Travail.Suisse n’est pas convaincu par les solutions que propose Avenir Suisse.

1. Les hautes écoles de Suisse sont financées principalement par les cantons, à l’exception des Ecoles polytechniques fédérales (ETHZ, EPFL). Si l’on veut, pour augmenter la concurrence parmi les hautes écoles, répartir l’argent à disposition sur la base de critères de qualité pour promouvoir l’excellence, on ne peut compter que sur l’argent de la Confédération. Mais ce dernier serait bien en peine de créer un véritable système d’incitation. La raison ? Comme l’argent de la Confédération ne représente qu’une petite partie du financement des hautes écoles, son effet est limité dès le départ. De plus, répartir l’argent de la Confédération selon des critères de qualité nécessite d’importantes tâches de clarification administrative, ce qui prélève des ressources financières. C’est pourquoi, l’idée d’Avenir Suisse conduit d’abord à un renforcement de l’administration plutôt que de la qualité. Mais l’argument le plus important allant à l’encontre de l’idée d’Avenir Suisse est le suivant : chaque haute école dispose de filières d’étude très différentes. Il est dès lors prévisible que les critères de qualité apporteront plus d’argent à certaines filières et moins à d’autres. Il est ainsi vraisemblable qu’en prenant en considération l’ensemble des filières, chaque haute école recevra à peu près les mêmes montants ; ou alors la différence sera minime. Cela veut dire que l’on dépensera beaucoup pour peu d’effets ! Et le problème n’est toujours pas résolu vu la difficulté à mesurer objectivement la qualité et encore de manière à ce que les critères de qualité ne provoquent pas de fausses incitations.

2. Une solide formation professionnelle et dans les hautes écoles font la force de la Suisse. En premier lieu la formation professionnelle est un système très efficace du fait que la formation professionnelle initiale est financée en grande partie par l’économie et les prestations des apprenant-e-s et que la formation professionnelle supérieure, comme partie du domaine tertiaire, n’a pas de mandats de recherche, ce qui décharge les hautes écoles. Dans d’autres pays ayant une formation professionnelle initiale plus faible, les hautes écoles doivent souvent reprendre les fonctions de la formation professionnelle, ce qui conduit à la massification de l’enseignement. Les hautes écoles suisses ont ici un avantage. Elles peuvent vraiment se profiler en tant qu’hautes écoles et leur taille est modeste en comparaison avec d’autres hautes écoles. Le concept « d’ excellence » volontiers utilisé par Avenir Suisse est avant tout important dans des pays où les hautes écoles doivent se demander comment elles peuvent encore être des hautes écoles pour se distinguer des « universités de masse ». Cette question ne se pose pas en Suisse de la même manière. Tout le monde ne tient pas à aller dans une haute école. Le titre d’Avenir Suisse « Les hautes écoles suisses – Plus d’excellence, moins de régionalisme » nous fait croire que des réflexions de politique régionale affaibliraient les hautes écoles comme là où on constate une massification de l’enseignement. Est-ce le cas ? Avenir Suisse sous-estime selon moi l’importance de l’ancrage régional des hautes écoles. Il n’y a pas que les défis internationaux qu’il faut maîtriser mais aussi les défis régionaux que ce soit par la formation de personnes hautement qualifiées pour ces tâches régionales, par la recherche répondant aux défis de la région et par le soutien scientifique des entreprises actives dans la région qui sont souvent confrontées à la concurrence internationale. Ne sous-estimons donc pas l’importance de l’ancrage régional des hautes écoles. Cela permet aux hautes écoles de ne pas être coupées de la réalité du terrain.

Pour atteindre et maintenir l’excellence des hautes écoles dans l’espace restreint de la Suisse, Travail.Suisse estime qu’il vaut mieux promouvoir la collaboration et la coopération entre les hautes écoles que de les mettre en concurrence. Ce n’est qu’ainsi qu’elles resteront compétitives dans le contexte international.

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04 juin 2018, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation Drucker-icon

Tout le monde doit avoir voix au chapitre dans les hautes écoles

La LEHE le prévoit déjà : les étudiants, les professeurs et d’autres groupes doivent pouvoir participer aux processus décisionnels dans les hautes écoles. La conférence des enseignants exige maintenant qu’on le fasse vraiment. suite

Le législateur n’a visiblement pas voulu de nette hiérarchie dans les hautes écoles. La loi sur l’encouragement et la coordination des hautes écoles (LEHE) prévoit des droits de participation raisonnables pour tous les participants aux hautes écoles. Les professeurs mettent maintenant la pression pour que cela se fasse : dans une proposition faite à la Conférence suisse des hautes écoles, l’association Swissfaculty – elle regroupe les professeurs de trois types de hautes écoles – formule des recommandations concrètes.

Dans les hautes écoles universitaires, qui ont souvent une tradition plus que centenaire, la participation fonctionne en général bien explique Stephan Morgenthaler, professeur à l’EPFL et représentant de Swissfaculty dans le conseil des hautes écoles. Grâce à des structures bien établies, étudiants, professeurs et aussi d’autres groupes professionnels peuvent participer bel et bien aux processus décisionnels. Ils siègent par exemple dans les commissions qui s’occupent de thèmes comme les recours pour les chaires, l’éthique ou le sport. En revanche, pour les hautes écoles spécialisées et les hautes écoles pédagogiques, il est encore nécessaire d’agir indique Stephan Morgenthaler : « Il est fréquent que le flux d’information se fasse seulement de haut en bas et aussi lorsque tout est déjà décidé. » En de nombreux endroits, il y a certes des droits de participation mais ils ne sont guère utilisés en raison du manque de temps des personnes concernées.

Participation trop limitée aux détails

Denise Martin, secrétaire générale de la Fédération des Professeurs des hautes écoles spécialisées suisses fh-ch relève aussi ce manque. En outre, la participation se limite trop à des domaines sans grande importance : on peut ainsi se prononcer sur la couleur de la peinture dans le laboratoire mais pas sur le règlement du personnel notamment lorsqu’il s’agit de décider de l’octroi des congés sabbatiques. C’est fréquemment la direction de l’école qui désigne un représentant pour une instance au lieu que la personne soit désignée par le corps enseignant. On peut certes transmettre des prises de position mais elles ne sont pas toujours prises en considération. « En l’absence de mesures concrètes, la disponibilité à s’engager décline », indique clairement Denise Martin.

Dans les hautes écoles pédagogiques, la participation se développe de manière diverse indique Richard Kohler, président de la Société suisse pour la formation des enseignantes et des enseignants. Pendant que les professeurs des très petites écoles sont intégrés presque automatiquement dans tous les processus ayant de l’importance, dans les moyennes et les grandes la participation en général se limite à une consultation sans véritable pouvoir de décision.

Trois hautes écoles doivent s’améliorer

La participation est aussi un critère important dans la procédure d’accréditation. Trois des quatre hautes écoles qui ont été accréditées jusqu’ici selon le nouveau droit, ont reçu à ce sujet une charge. Pendant que la « haute école en sciences économiques» de Zurich doit définir ses structures pour la participation de manière explicite, le conseil d’accréditation exige de la haute école intercantonale pour la pédagogie curative qu’elle développe activement la participation des étudiant-e-s dans toutes les instances et de la haute école pédagogique bernoise que tous puissent participer aux projets.

La connaissance d’experts améliore la qualité

Parallèlement aux professeurs, les étudiants et les assistants aspirent à plus de droits de participation et préparent des interventions à ce sujet. Stephan Morgenthaler, le représentant de Swissfaculty, considère qu’il est judicieux que le conseil des hautes écoles élabore en même temps des recommandations pour tous les groupes. Mais tous ne doivent pas pouvoir participer aux mêmes thèmes, affirme Stephan Morgenthaler. Ainsi, l’avis des étudiants par exemple sur l’enseignement et les offres de la haute école est bienvenu. Mais pour les questions organisationnelles ayant un effet à long terme pour les collaborateurs et collaboratrices, leur avis est moins important car les étudiants ne restent que quelques années à la haute école.

Swissfaculty demande une promotion active de l’engagement de tous les participants et une information suffisamment tôt afin que tous les experts puissent se prononcer de manière fondée. Dans toutes les instances et à tous les niveaux de direction, il faut leur octroyer un droit de proposition. Avec des structures clairement définies, le potentiel de tous les participants et concernés pourrait être mieux utilisé, Stephan Morgenthaler en est convaincu. « Cela améliore la qualité de l’enseignement et de la recherche. »

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21 novembre 2017, Andrea Söldi, libre journaliste RP Drucker-icon