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La nouvelle Loi fédérale sur l’encouragement des hautes écoles et la coordination dans le domaine suisse des hautes écoles

La nouvelle LEHE est un projet unique pour le paysage de la formation suisse. Toutes les hautes écoles – c’est-à-dire les universités, les écoles polytechniques, les hautes écoles spécialisées et pédagogiques – bénéficieront à partir de 2015 d’un système de coordination et de promotion centralisé. Cette restructuration marque l’environnement des hautes écoles : de nouvelles organisations se sont constituées, d’autres sont en mutation et la participation se renforce. Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses exprime aussi sa voix dans ce cadre.

Pour cette raison, nous vous envoyons périodiquement une Info-Mail et faisons ressortir pour vous les acteurs, les forces et les aspects encore en chantier de la nouvelle LEHE. Si vous voulez aussi recevoir cette Info-Mail, merci de le signaler ici :










Ici vous trouvez les textes des Info-Mail :

Des généralistes plutôt que des chirurgiens esthétiques

L’Université de Fribourg cherche aussi à obtenir sa part des fonds que la Confédération prévoit pour la formation des médecins. Elle entend contribuer à atténuer la pénurie de généralistes avec sa nouvelle filière de master. suite

La Confédération projette d’investir 100 millions de francs pour créer de nouvelles places d’études pour de futurs médecins. Mais si la plupart de ces médecins optent plus tard pour la chirurgie esthétique ou d’autres domaines de spécialisation, elle aura échoué. Ce sont surtout des généralistes et des psychiatres qui sont nécessaires.

C’est là qu’intervient l’Université de Fribourg. Dès 2019, elle projette de créer à l’hôpital cantonal 40 places d’études de master avec un accent sur la médecine généraliste. Comme à la Haute école, l’enseignement sera dispensé en allemand et en français. Actuellement, Fribourg offre une filière de bachelor en médecine d’une centaine de places. « Nous voulons contribuer à réduire la pénurie de médecins généralistes », affirme Jean-Pierre Siggen, directeur de l’Instruction publique du canton de Fribourg. Comme canton sans hôpital universitaire, c’est en outre une niche intéressante.

Améliorer l’image de la profession

Mais comment l’Université peut intéresser les futurs médecins pour la médecine de premier recours puisque les conditions n’en sont pas particulièrement attractives comparé aux domaines de spécialisation? D’une part, comme l’explique M. Siggen, la filière de master prévoit une collaboration étroite avec des praticiens généralistes qui seront impliqués comme professeurs et chargés de cours ; de plus, des places de stage dans les cabinets de généralistes seront offertes aux étudiant-e-s. D’autre part, l’Institut récemment créé aura pour tâche de promouvoir la recherche et de contribuer à améliorer l’image de cette médecine. « Dans de nombreux pays, on a constaté que de telles mesures parviennent à éveiller l’intérêt des étudiants pour la médecine généraliste », confirme le directeur de l’Instruction publique.

Il n’empêche : le choix d’une spécialisation n’intervient qu’après les études, durant les années d’assistanat. Si l’université concentre son enseignement sur la médecine généraliste, il ne peut s’agir que d’une orientation, comme le souligne M. Siggen. En principe, toutes les orientations restent ouvertes aux diplômé-e-s même après les études.

La Conférence des recteurs coordonne des projets

Selon une étude de faisabilité, la filière pourrait se concrétiser avec un financement initial de 3,5 millions de francs environ, auquel il faut encore ajouter les coûts d’un nouveau bâtiment d’enseignement au sein de l’hôpital cantonal de Fribourg ainsi que des dépenses annuelles d’environ 6,5 millions de francs. Le Parlement cantonal se prononcera cet automne sur les plans d’extension et leur financement.

Afin d’obtenir un subside de la Confédération, l’Université doit préalablement faire parvenir ses plans à Swissuniversities, la Conférence des recteurs. Celle-ci réunira les projets reçus et déposera cet été une proposition coordonnée auprès de la Confédération. Divers poids lourds de la branche comme les Ecoles polytechniques fédérales de Zurich et de Lausanne ainsi que les Universités de Lucerne, Saint Gall et Lugano, ont déjà montré un intérêt pour les 100 millions de francs que le Parlement fédéral approuvera vraisemblablement cet automne. Malgré tout, le canton de Fribourg ne craint pas la concurrence et Jean-Pierre Siggen se veut rassurant : « Nous sommes convaincus d’avoir de bonnes chances car notre offre vise à couvrir les besoins de la population ».

02 février 2016, Andrea Söldi, libre journaliste RP

Il faut former des médecins de premier recours

Il faut former des médecins. C’est pourquoi, la Confédération entend mettre à disposition un montant d’environ 100 millions de francs qui seront investis dans la création de nouvelles places d’études. Les Hautes Ecoles peuvent faire une demande. Qui se lancera dans la course? Pour Travail.Suisse, les moyens doivent être attribués en priorité aux lieux d’études qui s’efforcent d’augmenter le nombre de médecins de premier recours. suite

Selon une étude sur les médecins de premier recours en Suisse publiée le 15 novembre 2015 , près de 30% des médecins de premier recours en Suisse sont âgés de 60 ans ou plus. Et seul un sur cinq a déjà trouvé un successeur . S’ils ne sont pas surprenants, de tels chiffres inquiétent et démontrent clairement que la pénurie de médecins en Suisse ne concerne pas seulement les « médecins », mais en particulier les généralistes et aussi les pédiatres. Quoiqu’on le sache depuis longtemps, il faut rappeler sans cesse qu’on ne trouvera pas de solution à cette question sans un travail acharné. C’est pourquoi, il est d’autant plus important de savoir dans quelle mesure la filière d’études qui demande une autorisation visant à créer de nouvelles places d’études s’efforce d’augmenter le nombre de médecins de premier recours.

Travail.Suisse sait que les seules mesures de formation ne suffisent pas à augmenter le nombre de ces médecins. Les aspects financiers jouent aussi un rôle. La même étude montre par exemple que seuls 19% des médecins de premier recours sont satisfaits de leur revenu comparé au revenu des médecins spécialistes . Or la Conférence des Hautes Ecoles n’a aucune influence directe sur cette problématique.

Néanmoins, lors de l’appel d’offre et de l’octroi des subventions pour les nouvelles places d’études, elle a la possibilité de souligner à quel point il est important d’augmenter le nombre des médecins de premier recours.

1 Ärztliche Grundversorger/innen – Situation in der Schweiz und im internationalen Vergleich,
Clémence Merçay, Paul Camenzind, Observatoire suisse de la santé, novembre 2015
2 Diapositive de l’étude, p. 8
3 ibid., p. 17

02 février 2016, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

Formation continue dans les Hautes Ecoles : c’est maintenant qu’il faut créer le cadre !

La toute première loi fédérale sur la formation continue entrera en vigueur en Suisse le 1er janvier 2017. Elle vise à renforcer la formation continue au sein de l’espace suisse de formation (cf. art. 1, al. 1, LFCo). Les Hautes Ecoles se sont investies dans le processus législatif afin que la mise en œuvre de la loi reste dans leur domaine de compétence (cf. art. 2, al. 2, LFCo). Pour Travail.Suisse, c’est le moment de s’atteler à cette tâche. suite

La LFCo sera applicable dès le 1er janvier 2017. Son ordonnance, qui doit entrer en vigueur à la même date, est en cours de rédaction auprès du Conseil fédéral. Aux termes de l’art. 2, al. 2, LFCo, il incombe aux « organes communs chargés de la coordination de la politique des hautes écoles » de procéder à la mise en œuvre des principes de la loi. Pour sa part, le Conseil des Hautes Ecoles ne s’y est pas encore appliqué. En outre, il est chargé par la LEHE d’« édicter des dispositions portant sur la formation continue, sous la forme de dispositions-cadres homogènes » (art. 12, al. 3, let. a, ch. 4, LEHE).

Pour Travail.Suisse, il faut se saisir de la question le plus rapidement possible. Dans le contexte suisse de la formation continue, il serait utile d’une part pour les Hautes Ecoles elles-mêmes de connaître dès l’entrée en vigueur de la LFCo les détails de la mise en œuvre de la loi et des dispositions-cadres homogènes pour la formation continue. Elles pourraient alors planifier leur formation continue sur une base solide. S’il existe aujourd’hui des recommandation 1 , elles ne sont pas promulguées par le Conseil des hautes écoles ni harmonisées à la LFCo.

D’autre part, les acteurs de la formation continue hors hautes écoles et ceux de la formation professionnelle supérieure ont également un intérêt à connaître les règles en matière de formation continue dans le domaine des hautes écoles. Tous pourraient alors identifier clairement tant les délimitations que les chevauchements et les possibilités de collaboration.

Pour Travail.Suisse, l’adoption dans l’année de l’entrée en vigueur de la LFCo des directives en matière de formation continue par le Conseil des hautes écoles présenterait un avantage majeur. Le marché de la formation continue gagnerait en sécurité et en transparence, et ce tant à l’égard des prestataires que des participant-e-s. Dans une Suisse où la formation continue prend de plus en plus d’importance pour relever les défis économiques et sociaux les plus divers, il vaut la peine de clarifier les règles du jeu entre les différents acteurs.

1 cf. http://www.swissuni.ch/documents/index / http://www.swissuniversities.ch/fr/themes/enseignement-et-etudes/formation-continue/

02 février 2016, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation

Réorganiser les études de médecine

Devenir médecin avec un bachelor en biologie ou en sciences infimières ? Cela serait bientôt possible. Pour Antonio Loprieno, qui a travaillé sur le sujet, il est temps de remettre en question nos vieux schémas de pensée. suite

Tout le monde est d’accord : aujourd’hui, la Suisse doit former davantage de médecins. Mais où et comment, la question reste ouverte. Le Secrétariat d’Etat à la formation, recherche et innovation (SEFRI) a mandaté ce printemps Antonio Loprieno*, président de la Chambre des hautes écoles universitaires, pour y réfléchir. Ce dernier s’est entretenu avec Travail.Suisse à propos du concept qu’il a développé sous le nom de Swiss Premed.

Dès 2017, l’EPF Zurich entend offrir une filière de bachelor de médecine dans le domaine scientifique technique. Pour le master, elle coopérera avec l’Université de Zurich et d’autres hautes écoles. Que pensez-vous de cette idée ?

Loprieno : elle correspond à mes propres réflexions sur la réorganisation des études de médecine. La filière actuelle n’a pas beaucoup changé depuis la réforme de Bologne. Encore aujourd’hui, la plupart des étudiant-e-s font tout leur cursus dans la même université. Avec une délimitation plus marquée entre le bachelor et le master, la formation sera plus flexible. Dans les pays anglo-saxons c’est le cas depuis toujours : les étudiants choisissent pour le premier cycle d’études une discipline scientifique et ils se spécialisent seulement au début du master. Sur cette base, je recommanderais même d’ouvrir les études de médecine aux diplômé-e-s des filières de bachelor scientifiques en général.

Est-ce que ce système ne fait pas courir le risque aux médecins de manquer de compétences spécifiques déterminantes?

Je ne crois pas, car premièrement, les deux premières années d’études sont déjà fortement axées sur les sciences. Les contenus cliniques sont enseignés en 3e année seulement. Deuxièmement, il faudrait créer une passerelle entre la filière du bachelor et celle du master pour rendre les étudiant-e-s aptes à étudier la médecine. Et troisièmement, comme la médecine devient toujours plus complexe, il nous faut des médecins de divers horizons.

Quelles sont les orientations que vous considérez comme compatibles avec un master en médecine ?

Par exemple la biologie, la technologie médicale et les sciences infirmières, mais pas les sciences sociales évidemment.

Les deux dernières sont des filières de haute école spécialisée, on brise un tabou non ?

Les hautes écoles universitaires et les hautes écoles spécialisées sont équivalentes mais différentes, voilà le credo. Il s’agit maintenant de concrétiser ce principe et de bousculer nos vieux schémas de pensée. Bien sûr, on ne va pas admettre tous ceux qui ont étudié les sciences infirmières. Il faudra établir des critères d’admission pour les professionnels du milieu médical. Les admissions sur dossier devraient également être possibles.

Le Conseil des Hautes Ecoles vient à nouveau de se prononcer pour le maintien du numerus clausus. Quelle place donnez-vous au test d’aptitude dans votre concept ?

Le numerus clausus n’a aucune influence sur le nombre des diplômes de master. La Suisse romande ne le connaît pas et pratique pour cette raison une sélection extrêmement rigoureuse au cours du premier cycle. Seuls 15 à 20 % des étudiant-e-s parviennent jusqu’au bachelor. Les restrictions d’admission sont néanmoins pertinentes du point de vue économique. Tous ceux qui réussissent un bachelor scientifique sont intellectuellement en mesure d’acquérir un master en médecine. La garantie du raccordement à la filière du master est beaucoup plus importante qu’un test d’aptitude.

Avez-vous déjà reçu des commentaires sur votre concept ?

J’ai présenté mes propositions au Conseil des Hautes Ecoles et à la Conférence des recteurs, qui les ont approuvées pour la plupart. L’avantage serait que des médecins suisses pourraient commencer à travailler d’autant plus rapidement. En effet, avec les mesures actuelles, cela durerait au moins jusqu’en 2023.

*Présidé dès 2008 de la Conférence des recteurs des universités de Suisse (CRUS), Antonio Loprieno, 60 ans, a été recteur de l’Université de Bâle et président de la Chambre des Hautes Ecoles universitaires de swissuniversities de 2000 à fin juillet 2015. Il s’est retiré pour se consacrer en tant qu’égyptologue à des activités de recherche et d’enseignement.

Lien vers le rapport: http://www.sbfi.admin.ch/dokumentation/00335/01737/01738/index.html?lang=de

15 octobre 2015, Andrea Söldi, libre journaliste RP

Les directeurs de l’instruction publique expriment leurs doutes quant aux nouvelles formations des médecins

Précipitées et impropres à atteindre l’objectif initial, voilà la réaction des directeurs de l’instruction publique aux mesures visant à augmenter les places d’études en médecine. Le conflit pour la répartition des fonds s’amorce avant même l’octroi du financement initial de 100 millions. suite

Les directeurs de l’instruction publique réclament davantage de coordination. C’est du moins ce qui ressort d’un courrier adressé mi-septembre au conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann. Certes, les conseillers d’Etat approuvent le programme spécial de la Confédération libérant 100 millions de francs pour augmenter les places d’études en médecine humaine. Mais ils craignent que, faute de renforcer la coordination, les mesures prévues échouent à atteindre l’objectif envisagé, à savoir augmenter le plus vite possible le nombre de médecins suisses pour la médecine de premier recours.

La préoccupation émise dans ce courrier doit être interprétée d’une part dans le contexte de l’offensive de l’EPF. La célèbre institution a fait savoir en septembre qu’elle entend prendre pied dans la formation des médecins. Elle planifie dès l’automne 2017 une nouvelle filière de bachelor dans le domaine scientifique d’une capacité de 100 places. Les futurs médecins devront ensuite acquérir leur master dans une Université dotée d’une faculté de médecine.

D’autre part, les directeurs de l’instruction publique sont de toute évidence irrités par les propositions pour un nouveau système de formation qui leur a été présenté début septembre au Conseil des Hautes écoles (cf. interview d’Antonio Loprieno). Le concept prévoit d’ouvrir la filière du master en médecine pour les diplômés de la filière du bachelor en sciences voire en sciences infirmières, et ce, conformément au schéma du projet de l’EPF.

Echec du nouveau modèle à augmenter le nombre de médecins généralistes

Nous approuvons la discussion sur de nouveaux systèmes de formation, selon la lettre que Christoph Eymann, président de la CDIP, a signée au nom du comité. Mais elle doit impérativement se tenir dans le nouveau comité Médecine universitaire, et ce, en prenant le temps nécessaire pour lui accorder l’attention qu’elle mérite. Si l’on veut créer de nouvelles places d’études le plus rapidement possible, il vaut mieux en revanche miser sur le modèle existant. Il s’agit là d’un conflit d’objectifs qui doit être traité à l’échelon politique. En outre, les signataires doutent que les nouvelles formations permettent d’atteindre les objectifs définis à l’origine, à savoir former la relève des médecins de premier recours (les médecins de famille) au lieu de spécialistes.

Pour cette raison, les conseillers d’Etat sont choqués de ce que l’EPF prétende à une partie du financement initial. Si elle obtient les 10 millions de francs désirés, ils réclameront une augmentation des moyens globaux. A leurs yeux, les mesures déjà mises en œuvre doivent aussi être prises en considération. La plupart des universités dotées d’une faculté de médecine n’ont cessé d’augmenter le nombre de leurs places d’études ces dernières années. Elles ont pourvu elles-mêmes au surcroît de dépenses, abstraction faite des subventions de base régulières de la Confédération. Comme la médecine est un domaine particulièrement onéreux, les cantons sont contraints de se coordonner et se répartir les tâches, ce qui n’est plus possible avec un appel à projet comme le prévoit la Confédération. Or, comme le soulignent les signataires, l’extension doit rester finançable à long terme, c’est-à-dire aussi pour la période 2017-2020, et « le financement ne doit pas se faire à la charge des contributions en faveur des autres disciplines de l’enseignement supérieur, des hautes écoles spécialisées et de la formation professionnelle ».

15 octobre 2015, Andrea Söldi, libre journaliste RP

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