Thèmes – Egalité – Retour au travail

Financement de la formation continue: la pierre d’achoppement

Les femmes au foyer qui, après une longue interruption de leur activité lucrative, souhaitent retrouver une vie professionnelle, ont souvent besoin d’une remise à niveau. Souvent aussi, elles ne disposent pas des moyens financiers leur permettant de payer elles-mêmes une formation continue. Seule une minorité peut percevoir, pour une durée limitée, des prestations de l’assurance-chômage. Dans la majorité des cantons, ce groupe n’a pas droit à des bourses et le financement par le biais de fonds institutionnels est coûteux. Beaucoup de femmes renoncent alors à une formation continue et finissent par accepter un emploi inférieur à ce que les qualifications qu’elles avaient acquises leur permettraient de briguer. suite

La plupart des femmes au foyer qui souhaitent réintégrer la vie professionnelle après une interruption de plusieurs années de leur activité lucrative ont besoin d’un conseil et d’une formation continue. En général, elles éprouvent des manques dans le domaine professionnel et n’ont pas les connaissances nécessaires pour faire leur propre marketing1. Une formation continue peut même se révéler indispensable. Au premier abord, les Offices régionaux de placement (ORP) semblent pouvoir offrir les interlocuteurs adéquats pour les aider à redémarrer. Ces centres sont spécialisés dans l’intégration sur le marché du travail. Leurs collaborateurs soutiennent les chômeurs dans leur recherche d’un emploi. Grâce aux mesures relatives au marché du travail, les ORP disposent en outre d’un instrument leur permettant de réintégrer les demandeurs d’emploi plus rapidement dans le monde du travail, grâce à des mesures ciblées de formation et d’activité.

Accès limité aux prestations de l’assurance-chômage

L’accès aux prestations de l’assurance-chômage est limité pour les femmes restées au foyer et qui ont ainsi interrompu pendant plusieurs années toute activité lucrative. Ne peuvent percevoir des indemnités journalières que les femmes qui peuvent prouver une perte de revenu en raison d’un décès ou d’une séparation. La dernière révision de la LACI en 2011 a en outre sensiblement réduit – de 12 à 4 mois – le temps pendant lequel les « dispensés de cotisation » peuvent toucher des indemnités journalières. Cette réduction ne concerne pas seulement les indemnités journalières, mais aussi les mesures relatives au marché du travail. Pour aider le petit nombre qui continue d’avoir droit aux prestations de l’assurance-chômage, les conseillers et conseillères des ORP subissent une énorme contrainte de temps, puisqu’ils doivent déterminer dans les plus brefs délais si un point de la situation est nécessaire, si un cours de formation ou une autre mesure s’impose, et s’ils sont en mesure de les proposer. Il y a tout lieu de craindre que les quatre mois s’écoulent sans résultat.

Dans les faits, la plupart des femmes restées au foyer et qui ont donc interrompu toute activité lucrative pendant plusieurs années sont exclues des prestations de l’assurance-chômage. Pour les ORP, ces femmes sont des cas isolés qui ne justifient pas systématiquement un encadrement spécial.

Par l’article 59d de la LACI, la loi prévoit maintenant d’offrir aux personnes qui n’ont pas droit aux indemnités journalières la possibilité d’avoir accès aux mesures relatives au marché du travail. Il s’agit la plupart du temps de mesures de formation, puisque les mesures d’occupation créent des problèmes avec les assurances sociales. Les coûts des mesures de formation mentionnées dans cet article sont assumés pour moitié par l’assurance-chômage, pour moitié par les cantons. La participation des cantons a pour conséquence que ledit article est appliqué de manière diverse2. De plus, ces dernières années, le nombre des bénéficiaires des mesures relatives au marché du travail selon l’art. 59d de la LACI n’a cessé de diminuer (2008: 5’352 personnes, 2009: 4’739 personnes, 2010: 4’374, 2011: 4’078). A noter que parmi les bénéficiaires, on ne trouve pas que des femmes au foyer, mais aussi des personnes dépendant de l’aide sociale, des personnes admises provisoirement ou d’autres qui n’ont pas cotisé suffisamment longtemps pour toucher une indemnité journalière. La possibilité de financer des mesures de formation par le biais de cet article de loi est peu utilisée dans l’ensemble.

Peu de fonds propres pour la formation continue

Une partie des femmes s’adressent directement aux centres de consultation destinés aux femmes du réseau plusplus.ch, qui se sont spécialisés dans la question du retour en emploi. Une autre partie est renvoyée par les ORP et autres offices publics. L’accès aux mesures de formation de l’assurance-chômage étant limité, se pose la question de savoir si une formation nécessaire peut être financée par des fonds propres (économies, prêt privé). Ce n’est souvent pas le cas, selon les renseignements recueillis par les centres de consultation destinés aux femmes. Le groupe concerné ne dispose que rarement de fonds disponibles, parce que le budget familial est généralement très serré. L’Office fédéral de la statistique OFS montre aussi que les familles ont tendance à épargner moins : « Les résultats des revenus et des dépenses effectifs ont pour conséquence à long terme que les familles ont tendanciellement moins de possibilités de mettre de l’argent de côté »3.

Peu de chances d’obtenir des bourses ou une aide des fonds institutionnels

Les bourses sont un moyen pour l’Etat de soutenir financièrement la formation de personnes à faible revenu. Mais les femmes au foyer qui ont interrompu longtemps toute activité lucrative ne peuvent généralement pas obtenir de bourse. Dans six cantons, elles se heurtent à la limite d’âge, vu que les bourses ne sont attribuées qu’à des personnes âgées de moins de 30 voire 40 ans. Or, dans la plupart des cas, ces femmes sont plus âgées, puisque l’âge des mères à la première naissance était déjà de 28,7 ans en 2000, et qu’il a continué d’augmenter les années suivantes4.

Six cantons ne prévoient que des prêts pour la formation continue et les secondes formations. Quand le budget du ménage est restreint, un endettement n’est pas souhaitable. Dans quatre autres cantons, tant la limite d’âge que la limitation des prêts pour la formation continue et la seconde formation sont des obstacles. Restent dix cantons qui ont prévu des systèmes de bourses autorisant les femmes au foyer à en demander une pour un complément de formation ou une seconde formation.

L’accord intercantonal sur l’harmonisation des régimes de bourses d’études n’apportera que peu d’aide aux femmes au foyer qui ont interrompu longtemps toute activité lucrative. Il a été adopté en 2009 et entrera en vigueur quand dix cantons y auront adhéré (état au 29 février 2012: huit cantons ont voté l’adhésion). Ce concordat vise à harmoniser les systèmes cantonaux d’attribution des bourses d’étude en fixant des standards minimaux. Il prévoit une limite d’âge à 35 ans au début de la formation5. Cette limite d’âge est trop basse pour les femmes au foyer qui ont interrompu toute activité lucrative pendant plusieurs années. Le concordat laisse en outre la liberté aux cantons de soutenir financièrement une deuxième formation ou une formation continue6.

Ultime possibilité : le financement par des institutions. La recherche de l’institution appropriée (ou des institutions) ainsi que le dépôt de la demande exigent cependant beaucoup de temps. Ce que confirment les experts des centres de consultation destinés aux femmes. En résumé : accès limité aux prestations de l’assurance-chômage, peu de chances d’obtenir une bourse, longue recherche de fonds institutionnels. Beaucoup de femmes au foyer qui souhaitent retrouver la vie professionnelle et auraient besoin d’une formation renoncent à celle-ci, parce qu’elles ne peuvent tout simplement pas se l’offrir. Pour réintégrer néanmoins le monde du travail, elles acceptent souvent un emploi qui ne correspond pas à leurs qualifications. Les femmes sont donc plus souvent que les hommes notoirement surqualifiées pour le poste de travail qu’elles occupent7.

Recourir au potentiel des femmes au foyer

Au vu du besoin croissant de travailleurs qualifiés, les associations d’employeurs, mais également la Confédération et les cantons sont invités à trouver des solutions pour faciliter à ce groupe l’accès à la formation continue. L’art. 32 de la loi fédérale sur la formation professionnelle LFPr prévoit que la Confédération encourage des mesures cantonales d’aide à la réintégration professionnelle. Le financement des offres de formation continue professionnelle des cantons se fait dans le cadre du financement forfaitaire prévu à l’art. 53 LFPr. C’est là le point faible. Beaucoup de cantons n’ont pas développé des offres de formation continue pour ce groupe cible. Il faut créer des instruments plus pointus, pour que la promotion de ce groupe cible entre dans les faits. Le projet de loi sur la formation continue prévoit à l’art. 8, al. 1, d’améliorer l’égalité des chances entre les femmes et les hommes. Cela signifie concrètement que le conseil aux femmes restées au foyer et leur formation continue, quand elles souhaitent réintégrer le marché du travail, doivent être encouragés financièrement par la Confédération et les cantons. Et ce soutien doit tenir compte de la demande, comme le veut la loi sur la formation continue proposée. Mais aujourd’hui déjà, Confédération et cantons ont en main la possibilité de promouvoir le conseil et la formation continue pour ce groupe cible.

1Dans l’article « Encadrer le retour à la vie professionnelle » que vous trouverez sous http://www.travailsuisse.ch/fr/node/3090 vous pouvez en savoir plus sur les caractéristiques et les besoins de ce groupe.

2Certains cantons privilégient d’autres sources de financement pour soutenir ces personnes. Ainsi en va-t-il de Bâle-Ville et de son aide aux chômeurs.

3Office fédéral de la statistique OFS, Katja Branger, Eric Crettaz et al.: Familles en Suisse, Rapport statistique 2008.. Neuchâtel 2008. p. 39.

4L’âge des primipares a encore augmenté dans l’intervalle et se situait à 30,2 ans en 2010. Voir les tableaux de l’Office fédéral de la statistique sous http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/de/index/themen/01/06/blank/key/02/07.html .

5Article 12, al. 2 du Concordat: « Les cantons peuvent fixer un âge maximal au-delà duquel le droit à une bourse d’études est échu. Cette limite ne peut être inférieure à 35 ans au début de la formation. »

6Article 10, al. 2 du Concordat: « Les cantons signataires peuvent également verser des allocations de formation pour une deuxième formation ou pour une formation continue. »

7Office fédéral de la statistique OFS. Qualité de l’emploi en Suisse. Neuchâtel 2011. p. 25.

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07 mai 2012, Angela Zihler, coresponsable du projet «Expérience ReProf» Drucker-icon

Encadrer le retour à la vie professionnelle

Le retour à la vie professionnelle après une interruption de l’activité lucrative pendant un certain temps est un processus évolutif de longue haleine. Selon les experts, un accompagnement continu s’avère être un facteur important pour la réussite du retour à la vie professionnelle. Renforcer l’estime de soi, améliorer son propre marketing, combler les lacunes professionnelles et reconnaître les effets positifs du travail en groupe continuent d’être soulignés. L’accès à la formation continue et à des stages constitue donc la pierre angulaire de ce processus. suite

Le projet « Expérience Reprof »1 a étudié dans un premier temps ce qui distingue le groupe des femmes au foyer ayant des difficultés à reprendre une vie professionnelle. En 2011, 13 entretiens qualitatifs ont été menés avec des spécialistes de centres de consultation destinés aux femmes, de services sociaux et d’ORP. Ils furent suivis d’une enquête écrite, menée auprès des centres de consultation de plusplus.ch destinés aux femmes. Enfin, les résultats furent discutés lors d’un séminaire réunissant des experts.

Au cours de l’étude, il s’est révélé difficile d’étayer les déclarations des spécialistes sur la base de données statistiques. La seule chose que l’on puisse prouver, c’est que les centres de consultation de plusplus.ch interrogés conseillent presque exclusivement des femmes (99,4% en 2010). Environ un quart de ces consultations concernait le retour à la vie active après une phase consacrée à la famille. Toutefois, la proportion des consultations portant sur le retour à la vie active varie considérablement d’un centre à l’autre.

Les résultats présentés sont fondés sur la procédure qualitative susmentionnée. Les principales caractéristiques et les principaux besoins du groupe ayant des difficultés à reprendre une vie professionnelle sont présentés ci-après.

Adaptation à la situation de vie personnelle

Le plus souvent, les femmes au foyer qui ont de la peine à se réinsérer dans la vie professionnelle n’ont plus travaillé à l’extérieur depuis longtemps. Une interruption de plus de dix ans se révèle problématique. Les spécialistes interrogés sont d’avis que les femmes au foyer sont motivées pour reprendre une activité lucrative. Mais en face de cette forte motivation, il y a une faible estime de soi quant aux compétences acquises dans le travail familial. Les spécialistes interviewés observent que, la plupart du temps, les compétences acquises hors d’un milieu professionnel ne peuvent pas être transférées dans le monde du travail.

Une autre difficulté réside aussi dans un manque de flexibilité, qu’exige pourtant le marché du travail. Souvent, ce groupe a des vues relativement étriquées quant à la quantité maximale de travail envisagée, aux horaires de travail et aux trajets. Ce manque de flexibilité s’explique d’une part par le manque d’offres de structures d’accueil parafamilial. Particulièrement dans les régions rurales, où les familles choisissent, dans la majorité des cas, le modèle d’un seul gagne-pain par famille, il n’existe guère de structures d’accueil. L’offre de crèches est restreinte et relativement coûteuse, les structures de jour pour les écoliers font encore défaut en maints endroits. Par conséquent, le créneau horaire pendant lequel une activité professionnelle est possible est limité. D’autre part, ce groupe de femmes au foyer est encore fortement attaché au rôle de la « mère attentive à la maison». En effet, les femmes concernées ont assumé seules, au cours des dernières années, la responsabilité des enfants et du ménage. Une renégociation des rôles au sein de la famille est nécessaire, et il faut un certain temps jusqu’à ce qu’un encadrement des enfants par un tiers et un allègement des travaux ménagers puissent être mis en œuvre.

Nécessité de suivre une formation continue professionnelle

Selon les personnes interrogées, les membres du groupe cible ont, la plupart du temps, terminé une formation. Toutefois, en raison d’une longue interruption, ils présentent des lacunes professionnelles. Dans les professions qui évoluent rapidement, la formation suivie antérieurement peut se révéler dépassée. Dans certaines professions telles que la photographie de laboratoire, il se peut même qu’une réorientation soit nécessaire. Les migrantes rencontrent un obstacle supplémentaire du fait que les diplômes qu’elles ont obtenus dans leur pays d’origine ne sont pas reconnus en Suisse.

En outre, le groupe concerné dispose de peu d’informations relatives à la situation prévalant sur le marché du travail actuel et à la recherche d’emploi par Internet. De même, ses connaissances font défaut quant au marketing personnel à faire dans les lettres de candidature, le curriculum vitae et l’entretien d’embauche. Le groupe concerné a besoin d’une formation continue professionnelle et d’offres lui permettant d’améliorer son marketing personnel. Les experts ont souligné que les offres de formation continue devaient être organisées avec souplesse, afin de pouvoir être suivies même à temps partiel et avec des interruptions.

L’importance d’un accompagnement continu

Le retour à la vie professionnelle est un processus évolutif qui dure souvent plusieurs mois. Selon les spécialistes, il s’avère utile de faire le point de situation dès le début de ce processus. D’une part, cela permet de voir ce qui a été accompli jusqu’ici. Les compétences acquises professionnellement et en dehors de la profession sont répertoriées, et les points forts personnels relevés. De ce fait, le groupe cible est conforté dans son estime de soi. D’autre part, faire le point aide à déceler des lacunes éventuelles (pratique, savoir-faire, compétences de base). Une évaluation personnelle réaliste des points forts et des faiblesses aide chacun des membres du groupe cible à planifier, d’une manière précise, son chemin personnel vers une nouvelle vie professionnelle.

Les spécialistes interrogés estiment qu’un suivi continu tout au long de ce processus constitue un facteur décisif pour la réussite du retour à la vie professionnelle. Car il est important, pour mettre en œuvre un projet individuel, d’avoir toujours un soutien professionnel vers lequel se tourner pour catégoriser les informations et les pondérer, pour apprendre à faire face aux revers, etc.

Il a été question à maintes reprises des effets positifs du travail en groupe. Ce genre de travail permet en effet de profiter des idées et des expériences des autres, de s’encourager et de se stimuler mutuellement. Mais ce travail en groupe peut aussi être mis à profit pour nouer de nouveaux contacts. Selon les spécialistes interrogés, le réseau social du groupe cible est en règle générale plutôt modeste, il se limite au cercle familial et n’est souvent guère utile pour trouver un emploi.

L’accès à la formation continue en tant que pierre angulaire

L’utilité de faire le point de situation et celle d’un accompagnement régulier tout au long du processus ont été soulignées par les experts. Par ailleurs, le groupe cible a le plus souvent besoin de suivre une formation continue en matière de savoir technique et de marketing personnel. Il convient de mentionner en outre l’avantage qu’offrent les stages pour s’engager de nouveau dans un monde du travail qui a changé et pour acquérir de nouvelles expériences. Toutefois, le fait qu’il y ait trop peu d‘offres appropriées a été déploré à maintes reprises.

La plupart du temps, la participation à un groupe de suivi de carrière ou à un coaching pendant un certain temps implique des frais. Une formation continue suivie dans le but de se remettre à jour au niveau professionnel peut vite devenir onéreuse. Mais le groupe concerné ne dispose que rarement des moyens nécessaires, car le budget du ménage est en règle générale calculé au plus juste. La situation déjà tendue sur le plan financier s’accentue encore dans le cas d’une séparation. C’est pourquoi de nombreuses personnes renoncent à suivre une formation continue, à moins d’avoir accès à des offres de formation mises à leur disposition par les pouvoirs publics.

Dans un prochain Service médias, nous traiterons de l’accès de ce groupe cible aux offres des pouvoirs publics dans le domaine de la réinsertion.

1 Le projet « Expérience ReProf » est soutenu financièrement par l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie et s’étend jusqu’en mars 2013. Pour en savoir plus sur ce projet, cliquez sur http://www.travailsuisse.ch/fr/node/3030.

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20 février 2012, Angela Zihler, coresponsable du projet «Expérience ReProf» Drucker-icon

Reprendre un travail est un parcours semé d’embûches

Le retour à la vie professionnelle après une longue interruption est une thématique qui concerne principalement les femmes. Une majorité des femmes au foyer réussit bien à se réinsérer dans le marché du travail. En revanche, une minorité rencontre des difficultés à reprendre une vie professionnelle. C’est ce groupe que Travail.Suisse étudie dans son projet « Expérience ReProf », en visant dans un premier temps à en établir les caractéristiques et les besoins. Dans un second temps, elle vérifiera si les offres existantes dans le domaine de la réinsertion répondent aux besoins de ce groupe cible. suite

Ce sont surtout des femmes qui prennent la décision de renoncer à une activité professionnelle pour se consacrer à leurs devoirs familiaux. Pour la seule année 2009, 135’000 femmes ont quitté le marché du travail pour s’occuper de leurs enfants ou de proches. C’est ce que montre une évaluation de l’Enquête suisse sur la population active (ESPA), de l’Office fédéral de la statistique. Par contre, les hommes étaient au nombre de 2’0001 à avoir quitté le marché du travail en 2009 pour les mêmes raisons.

Actuellement, il existe de multiples modèles familiaux. Chez les couples ayant des enfants âgés de moins de sept ans, c’est le modèle du père travaillant à temps complet et de la mère travaillant à temps partiel qui a une nette préférence. Le modèle bourgeois traditionnel du père travaillant à temps complet et de la mère au foyer est en recul. En l’an 2000, 37% des familles vivaient selon ce modèle, alors qu’elles étaient encore 60% en1990. Mais il existe d’importantes différences régionales. Aujourd’hui comme hier, ce modèle traditionnel de la famille est privilégié dans les régions rurales et les quartiers résidentiels des agglomérations2.

La plupart du temps, la reprise de la vie active est une réussite

De nombreuses femmes qui décident d’interrompre leur carrière au moment de fonder une famille, reprennent une activité professionnelle, le plus souvent lors de la scolarisation de leurs enfants. La réussite de ce retour à la vie active est tributaire de plusieurs facteurs. D’une part, la question décisive est de savoir si leur région offre suffisamment d’emplois à temps partiel. D’autre part, cela dépend essentiellement de la manière dont se présente la situation dans la branche visée. Il sera aisé de réussir sa réinsertion dans une branche comme celle des soins qui connaît une pénurie de personnel et qui offre des professions typiquement féminines. Les employeurs sont intéressés par les femmes qui veulent reprendre une activité et celles qui changent de cap. Par conséquent, ils sont sensibles à leurs besoins et ont mis au point des offres spécifiques. Dans d’autres branches, qui ont suffisamment de personnel, les femmes désireuses de se réinsérer se heurtent à certains obstacles, en dépit de leurs bonnes qualifications, et il leur faut plusieurs tentatives et expériences avant d’atteindre leur but.

Pourtant, une majorité de femmes réussit sans difficultés majeures son retour dans la vie professionnelle. Elles visitent un service d’orientation pour y trouver conseils et soutien. Elles utilisent leur réseau de relations pour chercher un emploi et se renseignent sur la manière de faire acte de candidature aujourd’hui, et enfin reprennent une activité dans la profession apprise.

Un retour réussi à la vie professionnelle a un intérêt non seulement pour la personne concernée. Au cours des prochaines années, la pénurie de main-d’œuvre ira croissant en raison de l’évolution démographique. C’est pourquoi l’ensemble de l’économie a tout intérêt à augmenter l’activité professionnelle des personnes en âge de travailler. En plus de mesures structurelles visant à améliorer la compatibilité entre famille et travail, et en plus des efforts déployés pour maintenir dans le monde du travail des personnes atteintes d’un handicap, il s’agit aussi de prêter suffisamment d’attention à la réussite du retour de femmes au foyer dans le monde du travail.

Le retour à la vie professionnelle est difficile pour une minorité

Le retour à la vie active est difficile pour une minorité des femmes souhaitant s’y réinsérer. L’étude « Offres dans le domaine de la réinsertion professionnelle » 3, menée par l’Institut de recherche gfs.berne, sur mandat de l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT), le montre bien. L’étude confirme que ce sont en majorité des femmes qui sont concernées par la thématique en raison de la répartition des rôles dans la société. À cet égard, il s’avère qu’une interruption de l’activité professionnelle pendant dix ans ou plus devient problématique. En ce qui concerne la minorité qui rencontre des difficultés, l’étude constate en outre que: « Ces personnes semblent avoir de plus mauvaises conditions personnelles de départ pour « leur » réinsertion que les autres participants interrogés. Elles se sentent davantage désarmées et moins perfor-mantes dans ce processus. Elles sont par conséquent moins satisfaites des offres visant à faciliter la réinsertion professionnelle que les autres personnes qui y font appel… »4.

Sur la base de cette étude, Travail.Suisse a mis au point le projet « Expérience ReProf » qui considère plus précisément le groupe susmentionné ayant des difficultés avec le retour à la vie professionnelle. Le projet vise à étudier de plus près ce groupe et à en déterminer éventuellement les caractéristiques spécifiques. Il s’agit notamment d’examiner si ce groupe présente des besoins particuliers et dans quelle mesure les offres existantes dans le domaine de la réinsertion profes-sionnelle y répondent. Des recommandations sont mises au point pour permettre aux prestataires des cours de mieux atteindre ce groupe de personnes. Le projet est soutenu financièrement par l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT).

Le déroulement du projet « Expérience Reprof »

Dans un premier temps, la thématique de la réinsertion professionnelle a été approchée dans les grandes lignes. En plus du groupe des femmes au foyer qui reviennent dans le monde du travail après une interruption de leur activité professionnelle, la situation des chômeurs de longue durée et des bénéficiaires de l’aide sociale a également été examinée. Ce qui nous a intéressés, c’est la manière dont les institutions impliquées s’adressent aux groupes de personnes concernées et quelles mesures spécifiques elles prennent en vue de leur intégration dans le marché du travail.

Treize entretiens avec des experts ont été réalisés au cours du premier semestre de 2011. Des spécialistes provenant de l’aide sociale, d’ORP et de centres de consultation destinés aux femmes du réseau plusplus.ch ont été interviewés. Un sondage a suivi au cours de l’été 2011, mené par écrit auprès des centres de consultation de plusplus.ch qui se sont spécialisés dans le conseil destiné aux femmes souhaitant une réinsertion professionnelle. Enfin, un rapport a été rédigé sur la base des interviews et du sondage. Il décrit la démarche des institutions participantes avec les différents groupes de personnes et définit les caractéristiques et les besoins du groupe de femmes dont le retour à la vie professionnelle se révèle difficile. En novembre 2011, le projet a été présenté lors d’un séminaire à un groupe d’expertes et d’experts, et les résultats de la première phase ont été discutés. Les critiques émises au cours du séminaire sont maintenant réunies dans une version consolidée du rapport qui sera disponible selon toute probabilité en février 2012. Nous publierons les points essentiels du rapport dans un service médias au début de l’année.

Au cours du premier semestre de 2012, l’accent portera sur une étude des offres disponibles dans le domaine de la réinsertion professionnelle. On examinera si ces offres répondent aux besoins spécifiques de ce groupe et quelles sont les offres particulièrement appropriées. Dans une étape ultérieure, les prestataires de cours dans le domaine de la réinsertion professionnelle seront informés sur les résultats. Travail.Suisse organisera un congrès, lors duquel les résultats seront présentés. De plus, une brochure, en cours d’élaboration, donnera des indications sur la manière d’aménager les offres pour atteindre ce groupe cible.

1 Statistiquement, le chiffre n’est que moyennement fiable, car il est très faible.

2 Voir à ce sujet la carte: http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/regionen/thematische_karten/gleichstellungsatlas/vereinbarkeit_von_familie_und_erwerbsarbeit/traditionelles_buergerliches_modell.html

3 Gfs.berne. Laura Kopp, Urs Bieri et al.: Offres dans le domaine de la réinsertion professionnelle: rapport de synthèse relatif à l’étude « Offres dans le domaine de la réinsertion professionnelle » sur mandat de l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT), publié en français sous le titre susmentionné. Berne 2009.
4 Dito p. 41.

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19 décembre 2011, Angela Zihler, coresponsable du projet «Expérience ReProf» Drucker-icon