Thèmes – Egalité – Conciliation

Conciliation – Investissons maintenant massivement !

Si rien n’est entrepris au niveau de la Confédération, la conciliation de la vie professionnelle et de la vie privée sera toujours plus difficile. Travailleurs et entreprises payent déjà le prix fort de cette tension, qui va en augmentant. Il est temps pour la Confédération d’agir de manière volontaire et déterminée et d’investir massivement dans les mesures visant à faciliter la conciliation. Le Comité de Travail.Suisse a pris la mesure de la situation, analysé les faits et les chiffres et adopté, en novembre dernier, une résolution allant dans ce sens. Retour sur les raisons de cette décision, une première dans les annales de Travail.Suisse. suite

En Suisse, les conditions-cadre permettant l’articulation entre activité professionnelle et vie privée ne sont pas réunies. Il est difficile à chacun-e de concilier une activité professionnelle avec une vie de famille, un engagement d’aide et de soutien à ses proches, sans parler d’autres engagements (politique, social, etc.) qui assurent la vitalité de notre société. La situation ne va pas s’améliorer, bien au contraire. Le risque est grand qu’en raison du vieillissement démographique de la population, du faible taux de natalité et des exigences croissantes du marché du travail envers les travailleurs et les travailleuses (morcèlement du temps de travail, flexibilité des horaires imposée, pression pour supprimer la saisie du temps de travail), il sera toujours plus difficile de concilier son travail et sa vie privée, qu’elle soit familiale, sociale ou politique.

Le stress coûte des milliards de francs aux entreprises

Les tensions entre l’engagement professionnel et les responsabilités privées vont en augmentant. Quelles en sont les conséquences ? Elles se mesurent déjà en termes de stress vécu par les travailleurs et les travailleuses mis sous pression. En 2003 déjà, le Secrétariat d’Etat à l’économie SECO avait chiffré une partie de ces coûts et arrivait à une somme de 4,2 milliards de francs chaque année, un chiffre qui ne représente que les coûts engendrés directement aux entreprises en termes d’absences et de pertes de productivité. A ce chiffre s’ajoutent encore les rentes d’invalidité et les retraites anticipées, ce qui faisait grimper la facture à près de 10 milliards . En 2010, le même SECO a reconduit l’étude, cette fois sans chiffrer les coûts, mais en constatant que la proportion de personnes concernées avait « nettement augmenté » . Promotion Santé Suisse évalue les seuls coûts à la charge des entreprises à 6,5 milliards de francs en 2018 . Il s’agit ni plus ni moins d’une gigantesque perte sèche de productivité pour l’économie et bien sûr un gâchis du point de vue humain.

Des coûts de la santé à la charge des employés

A force de tendre la corde, il arrive trop souvent qu’elle casse. Qui dit stress dit obligatoirement conséquences sur les coûts de la santé en raison des maladies qui s’installent de manière chronique. La pression peut déboucher sur la pire des maladies liées au stress : le burn-out ou l’épuisement émotionnel. Le burn-out nécessite souvent un arrêt de travail ordonné par le médecin. Certes, durant la période d’incapacité de travail, le salaire est dû et l’employé est protégé (entre 3 semaines et 6 mois) contre la résiliation de son contrat de travail. Mais c’est bien l’assurance maladie de l’employé-e qui prend en charge les frais médicaux relatifs au traitement des symptômes du burn-out.

Grâce à son étude « Baromètre Conditions de travail » , Travail.Suisse est en mesure d’affirmer que 40% des travailleurs sont souvent ou très souvent stressés et que ces mêmes travailleurs considèrent cela en grande majorité comme (plutôt) éprouvant. La quatrième édition de 2018 de l’enquête montre une augmentation continue de la part des travailleurs qui se sentent très souvent épuisés émotionnellement à la fin d’une journée de travail.

Des réponses partielles et limitées dans le temps

Face à cette évolution préoccupante, la Confédération répond par des mesures de peu d’ampleur et limitées dans le temps. L’obstacle le plus important à une bonne articulation de la vie professionnelle avec la vie familiale est l’absence de places de crèches et/ou leur coût. C’est pourquoi le Parlement a adopté des programmes d’impulsion pour l’accueil extrafamilial, le premier remontant à 2003.

Malheureusement, ces programmes sont limités dans le temps et toujours âprement combattus par une partie de la droite parlementaire. Le programme d’impulsion actuel de 100 millions est limité à cinq ans (1.7.2018 – 29.6.2023). Il n’encourage plus la création de nouvelles places d’accueil extrafamilial, mais vise à faire baisser les coûts à la charge des parents et à adapter des crèches aux horaires inhabituels des parents. Mais les besoins en financement sont toujours aussi élevés. Selon l’évaluation du programme d’impulsion, 19,9% des enfants en âge préscolaire et 18% des enfants en âge scolaire n’ont pas de place dans des infrastructures, malgré le besoin des parents . L’évaluation montre que 42% des parents interrogés estiment que le choix des offres de garde des enfants est insuffisant. Les parents déplorent de grosses lacunes de garde durant les vacances scolaires. Il est donc nécessaire d’inscrire l’intention visée par ces programmes en véritable loi-cadre sur le financement fédéral des infrastructures d’accueil extrafamilial des enfants, ainsi que des proches que l’on aide.

Résolution du Comité de Travail.Suisse en faveur d’un Plan d’action ambitieux

Compte tenu de la situation, le Comité de Travail.Suisse a adopté – pour la première fois de son histoire – une résolution demandant à la Confédération qu’elle investisse massivement dans la conciliation. Il étaye sa décision par des faits et des chiffres connus qui, mis bout à bout, dressent un tableau sombre de la situation actuelle et future. Agir de manière volontaire et ambitieuse est nécessaire si on veut maintenir l’employabilité et la santé des travailleurs et des travailleuses et à terme, la compétitivité des entreprises qui souffrent par ailleurs déjà aujourd’hui de la pénurie de main d’œuvre qualifiée. Aux 2,2 milliards déjà investis à ce jour, il est nécessaire d’y ajouter au moins 5 milliards de plus, à raison de 500 millions chaque année durant au minimum 10 ans, à la charge des assurances sociales et des pouvoir publics. Ce Plan d’action doit couvrir toutes les mesures reconnues comme efficaces pour assurer une conciliation optimale : création de places d’accueil pour les enfants en âge pré-scolaire et scolaire et les personnes aidées, congé paternité de 20 jours, congé parental de 24 semaines, congé de longue durée pour les proches aidants, entre autres.

Le Comité de Travail.Suisse demande que la Suisse, un pays considéré comme l’un des plus riches d’Europe, cesse d’être une lanterne rouge en matière de dépenses en faveur des familles et de la conciliation. Notre pays est l’un des pays développés qui dépensent le moins d’argent public pour les politiques familiales, en pourcentage de son Produit intérieur brut (PIB), en particulier pour la prise en charge de la petite enfance. Les dépenses publiques totales (Confédération, cantons, communes) dans le domaine de la petite enfance sont estimées à 600 millions de francs par an, soit 0,1% du produit intérieur brut (PIB). C’est trois fois moins que la moyenne des pays de l’OCDE (0,3% du PIB moyen) pour ce seul secteur .

Cette résolution permettra au Président de Travail.Suisse, Adrian Wüthrich, et à son vice-président, Jacques-André Maire, tous deux conseillers nationaux, d’intervenir au Parlement. Il est clair est que si rien n’est entrepris, les conséquences frapperont en premier les travailleurs et les travailleuses dans leur santé et, à terme, l’ensemble de l’économie. Pour le bien de tous, le temps de l’ambition et de l’investissement est venu.

16 décembre 2018, Valérie Borioli Sandoz, Responsable politique de l'égalité

Conciliation – 5 milliards de francs pour rattraper notre retard

Travail.Suisse, l’association faîtière indépendante des travailleurs, demande à la Confédération d’adopter un Plan d’action et de mesures en faveur de la conciliation. Les investissements à consentir, qui se basent sur les constats et les données les plus récents, se montent à 5 milliards de francs, soit en moyenne 500 millions annuels durant dix ans au minimum.

» voir la résolution

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De l’ambition ! C’est en résumé ce que réclame Travail.Suisse à la Confédération en matière de conciliation. L’association faîtière indépendante des travailleurs et des travailleuses s’engage depuis de nombreuses années en faveur de la conciliation, elle est convaincue aujourd’hui que les mesures timides et limitées dans le temps adoptées à ce jour mènent notre pays lentement mais sûrement à la catastrophe.

La Suisse doit maintenant investir dans la conciliation

De nombreux paramètres expliquent la situation actuelle sans issue : le vieillissement de la population, les besoins toujours plus importants en infrastructure de garde extrascolaire, parascolaire et pour les proches malades et vieillissants, la pénurie actuelle et future en main d’œuvre qualifiée, le faible taux de natalité malgré un désir élevé et constant d’avoir des enfants. Ces constats exigent des mesures ambitieuses et un investissement important. Selon Adrian Wüthrich, Conseiller national et Président de Travail.Suisse : « La Suisse, un des pays les plus riches du monde, doit au minimum dépenser au moins autant que la moyenne des pays de l’OCDE, qui consacrent par exemple huit fois plus de leur PIB moyen que nous en faveur de la petite enfance avant l’entrée à l’école. ». Investir dans la conciliation de l’activité professionnelle et de la famille favorise l’égalité entre femmes et hommes dans les faits, car actuellement les femmes supportent en majorité le poids de la conciliation.

Le comité de Travail.Suisse a adopté une résolution pour un Plan d’action en faveur de la conciliation. La Suisse doit investir massivement en faveur de la conciliation de l’activité professionnelle et de tous les autres aspects de la vie. La Suisse doit investir environ 500 millions par année pour une durée minimale de dix ans, soit 5 milliards de francs. Cette somme résulte de l’addition des coûts estimés des mesures les plus importantes à prendre (places de crèches, structures d’accueil de la petite enfance, aides financières pour faire baisser les coûts à la charge des parents, congé paternité et à terme autres congés parentaux, congé pour proches aidants, etc.). Travail.Suisse estime qu’il est possible d’allouer 700 millions de francs déjà dans le budget 2019, qui prévoit un excédent de 1,3 milliard.
Dans le cadre de l’Initiative visant à combattre la pénurie de main d’œuvre qualifiée (FKI), la conciliation est désignée comme le pilier grâce auquel on peut le plus facilement augmenter la main d’œuvre. Malheureusement le Conseil fédéral n’a pas souhaité proposer de mesures concrètes. C’est maintenant au Parlement d’agir, car chaque franc investi engendre un retour sur investissement pour les finances publiques.

Des interventions parlementaires sont prévues

Adrian Wüthrich, le président de Travail.Suisse, ainsi que Jacques-André Maire, le vice-président de Travail.Suisse, tous les deux conseillers nationaux, vont déposer à la session d’hiver un texte demandant la création d’une loi-cadre pour instituer l’infrastructure de garde comme étant une tâche du service public. Les aides financières actuelles à la création de places d’accueil pour enfants de la Confédération peuvent être transformées en loi-cadre, afin que l’infrastructure d’accueil des enfants et des personnes plus âgées nécessitant des soins puisse être construite et financée. L’intervention est un premier pas dans la bonne direction, d’autres suivront. Ce qui est clair : si rien n’est entrepris, les conséquences frapperont en premier les travailleurs et les travailleuses dans leur santé et, à terme, l’ensemble de l’économie. Pour le bien de tous, le temps de l’ambition et de l’investissement est venu.

Pour d’autres informations :
Adrian Wüthrich, Conseiller national et Président, tél. 079 287 04 93
Jacques-André Maire, Conseiller national et Vice-Président, tél. 078 709 48 50
Valérie Borioli Sandoz, Membre de la Direction, Responsable Politique de l’égalité, tél. 079 598 06 37

22 novembre 2018, Adrian Wüthrich, Président et Valérie Borioli Sandoz, Responsable politique de l'égalité

Ne pas arrêter un programme d’impulsion très réussi

Le Conseil national décide demain sur la poursuite du programme d’impulsion pour les places d’accueil extra-familial qui est un grand succès Travail.Suisse recommande impérativement de suivre la CSEC-N et de prolonger le programme d’impulsion. suite

Le programme d’impulsion a permis de créer jusqu’à aujourd’hui environ 55’000 places d’accueil extra-familial supplémentaires. L’évaluation du programme montre que l’aide financière s’est révélée être un outil de promotion efficace et durable. Néanmoins la demande des parents demeure supérieure à l’offre. Il est absolument crucial que cette dernière soit suffisante pour permettre de concilier vie familiale et vie professionnelle en Suisse. Par conséquent, le programme d’impulsion doit être poursuivi. D’autant plus qu’il répond à l’intérêt de l’économie suisse dans son ensemble. «Plus de places d’accueil extra-familial permettent aux parents de travailler davantage. Il est ainsi possible, d’un côté, de répondre au problème du manque de personnel qualifié et d’obtenir, de l’autre, davantage de recettes fiscales », indique Matthias Kuert Killer, responsable de la politique sociale à Travail.Suisse. Ces recettes fiscales supplémentaires dépassent nettement les investissements faits pour les places d’accueil. D’ailleurs, l’Union patronale suisse le voit également ainsi. Au lieu de jouer l’un contre l’autre le congé paternité et la promotion de l’accueil extra-familial, deux mesures de politique familiale importantes, le Conseil national ferait mieux de soutenir les offres d’accueil indispensables et adaptées à notre temps et de ne pas arrêter demain un programme d’impulsion très réussi.

Plus d’informations :
Matthias Kuert Killer, responsable du dossier de politique sociale, Mobile : 079 777 24 69

11 juin 2018, Matthias Kuert Killer, Responsable politique sociale

Travail.Suisse demande une réelle égalité

Pratiquer une politique de l’égalité moderne est une préoccupation centrale de Travail.Suisse. L’organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses présente dès lors aujourd’hui le nouveau document de position « Egalité hommes-femmes aujourd’hui et demain » avec 28 revendications pour plus de liberté de choix et pour préserver la qualité de vie des travailleurs et travailleuses. L’introduction d’une liste noire des entreprises pratiquant la discrimination salariale, l’imposition individuelle et une meilleure protection sociale du travail de care sont les revendications mises en avant. suite

Les femmes peuvent travailler ou ouvrir un compte bancaire en Suisse sans l’autorisation de leur époux depuis 1988. Les femmes actives continuent à recevoir leur salaire pendant la protection de la maternité depuis 2005 et en 2017 la discrimination salariale se monte à au moins 7.7 milliards de francs. Les hommes aussi sont confrontés à des besoins non réalisés : ainsi 9 hommes sur 10 travaillant à plein temps travailleraient volontiers à temps partiel mais seulement 17.5 pourcent parviennent à le réaliser (tiré de « Was Männer wollen », étude de Pro Familia Schweiz, Bern, 2011, seulement en langue allemande). Et il n’y a toujours pas de congé paternité dans la loi. La voie vers une réelle égalité est donc encore longue. C’est pourquoi Travail.Suisse a élaboré un document de position qui servira de base à des interventions parlementaires lors des sessions à venir. Voici les revendications mises en avant par Travail.Suisse :

1. Il faut une liste noire des entreprises qui pratiquent la discrimination

L’égalité salariale est une revendication vieille de plusieurs dizaines d’années. « Malheureusement, beaucoup d’hommes y font la sourde oreille, comme le Conseil des Etats l’a prouvé récemment », indique Sabri, Schumacher, responsable du service spécialisé égalité de Syna. La discrimination salariale était toujours de plus de 600 francs par mois et par femme en 2017. « C’est plus qu’une gifle pour les femmes actives » ajoute Sabri Schumacher. Le document de position le dit clairement : « Le principe « A travail égal, salaire égal » doit être mis en œuvre de façon obligatoire dans les entreprises. Le Parlement a renoncé à prendre des mesures suffisantes dans la loi sur l’égalité pour améliorer la situation. C’est pourquoi, Travail.Suisse et les fédérations affiliées examinent l’introduction d’une liste noire sur laquelle figureront les entreprises qui ne procèdent pas à leur propre vérification des salaires sur la base d’une méthode reconnue.

2. Il faut mieux assurer socialement le travail de care

35 pourcent de la population résidante permanente s’occupe régulièrement d’enfants ou d’adultes, soit presque 1.9 millions de personnes. « Les femmes effectuent la part du lion de ce travail de care non rétribué et sont punies pour cela au plus tard à l’âge de la retraite avec une plus petite rente », indique Valérie Borioli Sandoz, responsable du dossier politique de l’égalité à Travail.Suisse. Les discussions concernant la conciliation de la vie professionnelle et familiale se sont surtout concentrées au cours des dernières années sur la prise en charge des enfants. Rien à redire à cela mais il est aussi grand temps d’y inclure la question de la prise en charge d’adultes et de proches malades. L’évolution démographique et la pénurie de personnel qualifié rendent cette prise en charge encore plus nécessaire. Il faut vraiment améliorer les conditions-cadres légales et adapter le système d’assurances sociales pour que le travail de care puisse donner lieu à une compensation sociale.

3. Introduire l’imposition individuelle

L’imposition individuelle, considérée sous l’angle de l’égalité, devient urgente. Il faut faire apparaître la visibilité des revenus des femmes et des hommes et les imposer de manière individuelle. « Seule une imposition indépendante de l’état civil et non discriminatoire peut nous apporter les changements culturels et sociétaux nécessaires à cet égard » indique Adrian Wüthrich, président de Travail.Suisse. En outre, l’imposition individuelle incite à prendre ou à étendre une activité lucrative. Travail.Suisse demande au Conseil fédéral de présenter une mise en œuvre de l’imposition individuelle sans pertes de recettes.

Pour d’autres informations :

  • Adrian Wüthrich, président de Travail.Suisse, mobile : 079 287 04 93
  • Valérie Borioli Sandoz, responsable du dossier politique de l’égalité, Travail.Suisse, Mobile : 079 598 06 37
  • Sabri Schumacher, responsable du service spécialisé égalité à Syna, Mobile : 078 642 10 45

→ Lien du document de position

30 avril 2018, Valérie Borioli Sandoz, Responsable politique de l'égalité

Commentaire : « Le Conseil fédéral ne veut pas du congé paternité ! »

Notre initiative concernant le congé paternité a franchi une nouvelle étape : Le 18 septembre 2017, le Conseil fédéral a décidé d’en recommander le rejet. Et, partant, il ne présentera aucun contreprojet au Parlement. Le conseiller fédéral Alain Berset est chargé désormais d’élaborer d’ici à l’été 2018 le Message (du Conseil fédéral) recommandant le refus de l’initiative. suite

Mercredi dernier, à Bruxelles, lors de la réunion du Comité exécutif de la Confédération européenne des syndicats (CES), il m’a fallu faire part de l’attitude négative du Gouvernement helvétique à l’égard de notre initiative en faveur d’un congé paternité de quatre semaines. Nos collègues syndicalistes européens ont bien compris que la Suisse adoptait une position particulière, également en matière de congé paternité. Par contre, le 17 novembre 2017 au sein de l’UE, les Etats européens adopteront très vraisemblablement le « Socle européen des droits sociaux ». Cet ensemble de mesures législatives non seulement définit des normes minimales telles que le principe de « l’égalité de rémunération pour un travail égal effectué au même endroit » dans la directive sur les travailleurs détachés, mais aussi fixe un congé paternité de dix jours au moins et un congé parental de quatre mois pour la mère et le père. Il est clair pour la Commission européenne que « Vivre au XXIe siècle suppose d’adopter une vision de la vie et du travail, des femmes et des hommes, qui soit digne du XXIe siècle ».

Par contre, ne voyant pas la moindre nécessité de modifier les choses au sein de la société, notre Conseil fédéral ne veut rien savoir du congé paternité. Il a annoncé le 18 septembre qu’il recommandait le rejet de notre initiative en faveur d’un congé paternité, sans proposer de contreprojet. Selon les médias, les conseillers fédéraux de l’UDC et du PLR (des messieurs d’un certain âge) étaient opposés à l’initiative, sous prétexte que son coût serait trop élevé et porterait préjudice à la compétitivité de notre économie. Face à cette argumentation, le fait que ce même Conseil fédéral promette – lors de la même séance – jusqu’à un milliard de francs pour les Jeux Olympiques d’hiver de 2026 nous laisse évidemment perplexes. L’argument du coût n’est qu’un prétexte : Selon les perspectives financières actuelles du régime des allocations pour pertes de gains (APG), deux semaines de congé paternité sont déjà quasiment payées. Compte tenu de l’évolution de l’armée, les jours de service diminuent pour un soldat, passant de 260 à 245 ; en outre, tous les pères ne prendront pas leur congé paternité. À la rigueur, après un certain temps, le taux des APG devrait être relevé, passant de nouveau de 0.45 à 0.5 du pourcent salarial et retrouvant ainsi son niveau d’avant 2016. L’argument du Conseil fédéral, selon lequel le congé paternité « entraînerait en effet des charges supplémentaires pour l’économie et affecterait l’organisation des entreprises », ne tient pas la route face aux quelque six cours de répétition des citoyens astreints au service militaire. Il est possible de planifier un congé paternité longtemps à l’avance et, selon notre modèle, de le prendre à la journée, de manière flexible, au cours de la première année qui suit la naissance de l’enfant. On ne fait pas mieux en matière de souplesse. Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann m’a informé par courriel qu’aux yeux du Conseil fédéral, le rapport coût-efficacité du congé paternité était moins bon que celui d’investissements dans une offre d’accueil extrafamilial, et que la question de concilier vie professionnelle et vie privée était importante. On comprendrait l’argument si le Conseil fédéral prenait également des mesures réelles visant à améliorer cet équilibre. Les 100 millions de francs destinés à des mesures sur plus de cinq ans, comme l’a décidé le Parlement sur mandat du Conseil fédéral lors de la session d’été, constituent un montant très, très modeste. Ce faisant, le Conseil fédéral ignore à maints égards l’utilité du congé paternité : ce dernier est une mesure modérée, certes, mais une mesure efficace pour prendre un bon départ dans une vie de famille, pour assurer la présence du père auprès de sa compagne et de son enfant et pour favoriser les liens avec le nouveau-né. Un calcul actualisé indique que quatre semaines de congé paternité coûteront 420 millions de francs, ce qui représenterait un taux de cotisation de 0.11 du pour cent salarial. Pour améliorer l’équilibre (entre vie familiale et vie professionnelle), il est plus ou moins nécessaire d’avoir les deux : le congé paternité et une offre d’accueil extrafamilial aussi étendue que possible.

Par ailleurs, le Conseil fédéral est d’avis que le congé paternité doit être du ressort des employeurs et/ou des partenaires sociaux. Il va de soi que le congé paternité sera toujours à l’agenda des négociations de CCT des syndicats et des associations de personnel. Au cours des dernières années, il a été possible de négocier de lentes améliorations. Ainsi, à mi-octobre, trois jours ont été convenus dans la nouvelle CCT de la filière bois. Notre liste des entreprises qui accordent davantage de congé paternité s’allonge. Mais nous constatons que les petites et moyennes entreprises (PME) sont nettement désavantagées, car elles ne peuvent guère se permettre d’accorder un congé paternité et ont d’autant plus besoin d’une « solution spécifique d’assurance ». Et quoi qu’il en soit, le fait de travailler pour un employeur ou pour un autre ne devrait jouer aucun rôle pour l’employé. Il doit être fondamental pour notre société que les pères puissent avoir du temps pour jouer leur rôle de papa et pour que les couples puissent s’organiser. Avec la démographie et la pénurie de main-d’œuvre, nous aurons besoin des femmes – proportionnellement plus nombreuses que les hommes à obtenir actuellement une maturité – sur le marché du travail à l’avenir – et ce, sans que ces femmes doivent renoncer à avoir des enfants. Il est clair qu’il faudrait pour cela un congé paternité beaucoup plus long. Mais nous visons – par notre initiative – un congé paternité de quatre semaines en étant bien conscients de ce qui est susceptible de réunir une majorité. C’est d’ores et déjà un premier pas vers le congé paternité !

D’ici à mi-2018, le Conseil fédéral dispose désormais d’un certain temps pour adopter la teneur du texte destiné au Parlement. À la suite de quoi, ce dernier aura son mot à dire. À en croire les communiqués de presse des partis au sujet de la décision du Conseil fédéral, il reste une possibilité que le Parlement décide de présenter un contreprojet. Ce serait là un signe que notre initiative a une chance de passer devant le peuple et que notre projet est une nécessité pour notre société. Espérons que le Parlement comprendra mieux que nos conseillers fédéraux, Johann Schneider-Ammann, Ueli Maurer, Didier Burkhalter et Guy Parmelin – tous d’un certain âge – que notre société évolue. Accrochons-nous !

30 octobre 2017, Adrian Wüthrich, Président

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