Thèmes – Autres points forts – Energie et climat

La stratégie énergétique 2050 est aussi excellente pour le maintien et la création d’emplois en Suisse

Travail.Suisse dit clairement oui la stratégie énergétique 2050 sur laquelle le peuple se prononcera le 21 mai 2017. Elle permettra à la Suisse de baser toujours plus son approvisionnement énergétique sur des sources d’énergies renouvelables, ce qui est indispensable pour la politique climatique et a aussi l’énorme avantage de favoriser l’innovation et les emplois en Suisse. Un rejet créerait un climat d’incertitude inquiétant, ce qui ferait baisser les investissements et serait préjudiciable à la place de travail helvétique. suite

Après la catastrophe nucléaire de Fukushima en 2011, le Conseil fédéral et le Parlement ont décidé la sortie progressive de l’énergie nucléaire en Suisse. C’est ainsi qu’est née la stratégie énergétique 2050 qui vise à réduire la consommation d’énergie, augmenter l’efficacité énergétique et développer les énergies renouvelables tout en mettant progressivement hors service les centrales nucléaires. La stratégie énergétique fixe des objectifs clairs de réduction de consommation (43% de moins de consommation d’énergie par habitant et 13% de moins de consommation d’électricité d’ici 2035 par rapport à 2000) et de développement de la production d’électricité issue des énergies vertes (au moins 11’400 gigawatt GW d’ici 2035 contre 3000 actuellement).

Pour atteindre ses objectifs, le soutien aux énergies renouvelables sera renforcé via l’augmentation de la rétribution du courant vert à prix coûtant (RPC) de 1,5 centime actuellement jusqu’à 2,3 centimes par kWh ; cela rapportera 1,3 milliard de francs par an (actuellement 850 millions de francs). Les moyens pour l’assainissement énergétique des bâtiments seront augmentés de 300 à 450 millions de francs par an. De plus, les normes d’efficacité énergétique seront renforcées (appareils, voitures etc.).

Les chiffres totalement faux de l’UDC

Le 21 mai 2017, nous ne votons que sur la première partie de la stratégie énergétique 2050, telle que décrite ci-dessus, du fait de l’aboutissement du référendum de l’UDC et de quelques autres organisations. Cette partie de la stratégie énergétique 2050 ne fait que renforcer une modification de la loi sur l’énergie approuvée par le Parlement et entrée en vigueur au début 2014. Or, les adversaires argumentent par rapport à la 2ème étape de la stratégie qui prévoit de remplacer ultérieurement le système d’encouragement de la première étape par un système incitatif basé sur une taxation de l’énergie. Or cette étape ne fait pas l’objet de la votation du 21 mai. De plus, les signaux envoyés par la politique montrent que cette 2ème étape de la stratégie énergétique n’a en l’état actuel aucune chance au Parlement. C’est pourquoi les chiffres avancées par l’UDC, faisant croire que la stratégie énergétique coûtera plusieurs milliers de francs par ménage et par an, ne reposent que sur du…vent. De plus, même si cette 2ème étape était réalisée, ils resteraient totalement fantaisistes car ils ne tiennent pas compte des effets positifs pour les ménages comme la substitution des importations des énergies fossiles et l’effet d’incitation qui encouragerait les ménages et l’économie à réduire leur consommation d’énergie.

La mise en œuvre de la partie de la stratégie énergétique qui fait l’objet du vote du mois de mai coûtera selon l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) environ 40 francs suisses de plus par an pour une famille moyenne qui paie aujourd’hui 75 francs de supplément réseau par an. On peut aussi considérer ce montant comme un investissement pas cher du tout puisqu’il nous permettra de réduire la dépendance de la Suisse envers les importations de pétrole et de gaz (environ 13 milliards de francs par an !) et qu’il générera des emplois et de la valeur ajoutée en Suisse.

De plus, contrairement à ce que prétendent les adversaires, ce n’est pas la stratégie énergétique 2050 qui met en péril notre approvisionnement énergétique : car en le basant de plus en plus sur les énergies renouvelables indigènes, on s’affranchit justement de la dépendance d’énergies fossiles polluantes provenant aussi bien souvent de pays instables. Enfin, les initiateurs du référendum ne proposent aucune alternative à la stratégie énergétique 2050. Ou alors une alternative non crédible reposant sur le maintien de l’énergie nucléaire que le peuple ne veut plus.

L’économie totalement divisée

L’UDC a aussi échoué à avoir, comme elle l’a espéré, les milieux économiques derrière elle. Elle n’a fait que provoquer des divisions au sein des associations économiques. Ainsi l’USAM a dit oui à la stratégie énergétique 2050 et economiesuisse s’est abstenu en raison de divisions internes. Seules quelques associations de branche, comme l’industrie des machines, disent non. Le non de l’industrie des machines est d’ailleurs surprenant car les entreprises grosses consommatrices d’électricité de cette branche peuvent compter avec la stratégie énergétique sur d’importantes réductions ou même suppressions du supplément RPC pour autant qu’elles prennent des engagements d’économie d’énergie. Pour les autres, le prix de l’électricité – elles peuvent se fournir sur le marché libre – ne représente pas de problèmes pour leur compétitivité.

Une stratégie bonne pour l’innovation et les emplois

Sous l’angle économique, la stratégie énergétique 2050 est positive car elle renforce fortement l’innovation dans les cleantech et favorise le maintien et la création d’emplois de différents niveaux de qualification dans toutes les régions du pays. En effet, l’installation et la maintenance des différents systèmes d’énergies renouvelables se font de manière décentralisée et nécessitent donc de la main-d’œuvre partout en Suisse. Les entreprises de construction, les électriciens, les exploitants des centrales hydroélectriques mais aussi les agriculteurs, les forestiers, les professionnels du bois ou les ingénieurs profiteront des nouvelles opportunités de la stratégie énergétique. Pour donner un exemple, on relèvera qu’en 2014, le programme d’assainissement énergétique des bâtiments a généré 700 millions de francs d’investissement et permis la création de 5000 emplois.

Par ailleurs, le développement de l’énergie renouvelable indigène favorise les investissements en Suisse, ce qui créera des places de travail dans notre pays. La stratégie énergétique 2050, en favorisant l’innovation en Suisse, renforce aussi la compétitivité des entreprises suisses. Les innovations dans le secteur de l’énergie et de l’efficacité énergétique développées par des entreprises suisses pourront être aussi exportées à l’étranger, ce qui permettra de maintenir et de créer des emplois en Suisse. Pas étonnant alors que de très nombreuses entreprises et entrepreneurs suisses font partie de l’alliance « L’économie suisse pour la Stratégie énergétique 2050 » (www.se2050.ch).

La stratégie énergétique 2050 contribue ainsi à la prospérité de la Suisse et à la qualité de vie de ses habitant-e-s à long terme. En cas de rejet, les investissements à venir considérables dans l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables tout comme dans le réseau électrique seront fortement freinés en raison de l’incertitude qui gagnera la politique énergétique suisse à l’avenir. Cela prétéritera bien entendu la dynamique de la création de nouveaux emplois dans le secteur énergétique et aura donc des répercussions négatives pour la place de travail suisse.

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11 avril 2017, Denis Torche, Responsable politique environnementale, fiscale et extérieure Drucker-icon

Politique climatique après 2020 : en faire une opportunité pour la valeur ajoutée et les emplois en Suisse

Avec l’accord de Paris sur le climat, la Suisse s’est engagée d’ici à 2030 par rapport à 1990 à réduire de 50% ses émissions de gaz à effet de serre dont 30% en Suisse. Dans sa réponse à la consultation sur la politique climatique post-2020, Travail.suisse demande une plus forte réduction des émissions en Suisse pour favoriser la valeur ajoutée et les emplois en Suisse. Le secteur des transports motorisés doit aussi davantage être mis à contribution. suite

L’accord de Paris sur le climat, approuvé par la communauté internationale en décembre 2015, vise à contenir l’élévation de la température mondiale moyenne nettement en dessous de 2°C par rapport à l’ère pré-industrielle, et même à la limiter à 1,5°C. La Suisse s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 50% en 2030 par rapport à 1990. Mais le Conseil fédéral se contente de fixer un objectif national de réduction de 30%. Cela signifie que 60 pourcent des réductions seront obtenues en Suisse et 40% à l’étranger.

Davantage réduire les émissions de gaz à effet de serre en Suisse

Travail.Suisse propose de rehausser de 30 à 40% l’objectif national de réduction, ce qui limiterait à 20% (au lieu de 40%) la part des réductions par des projets à l’étranger. Il est vrai que l’on peut réduire davantage les émissions et à moindre coût dans beaucoup de pays qu’en Suisse en raison d’une intensité plus forte en carbone des processus de production. Faut-il pour autant aller jusqu’à un rapport de 60 à 40 ? Travail.Suisse dit non et en voici les raisons : primo en réduisant davantage les émissions en Suisse même, cela incite à développer davantage les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Tout cela favorise l’innovation. L’économie suisse est dès lors plus compétitive et crée davantage de places de travail en Suisse. Un pourcentage clairement plus élevé de réductions d’émissions à l’étranger signifie moins d’innovations en Suisse et moins de possibilité de développer de nouvelles compétences en Suisse, donc moins d’opportunités pour les entreprises et le marché du travail suisse.

Il est vrai qu’il existe une forte division internationale du travail dans les branches de l’économie verte, comme celle des énergies renouvelables, avec par exemple la fabrication de panneaux solaires à l’étranger et non en Suisse. Il n’en demeure pas moins qu’une part de la valeur ajoutée restante en Suisse sera plus importante (recherche et développement, installation des panneaux, conseils etc.) et créera ainsi davantage d’emplois en général bien qualifiés en Suisse si on réduit davantage les émissions directement dans notre pays.

Secundo, à long terme (aux alentours de 2050), la Suisse aura dû réduire ses émissions de gaz à effet de serre à un niveau proche de zéro émissions. Et nous devrons le faire en Suisse car selon l’accord de Paris sur le climat tous les pays devront s’approcher de zéro émissions d’ici 2050. Alors autant commencer à s’y mettre tout de suite. Plus on retarde l’échéance, plus cela coûtera cher et le know-how pour le faire sera davantage développé à l’étranger. Ce seront donc avant tout des entreprises allemandes, scandinaves, américaines, japonaises ou même chinoises qui nous vendront les technologies nécessaires pour atteindre notre objectif avec une création de valeur à l’étranger. En outre, avec un développement bien plus rapide des énergies renouvelables ou de l’efficacité énergétique, on économisera plus vite et plus considérablement chaque année des milliards de francs grâce à une baisse conséquente des importations d’énergies fossiles.

Tertio, plus la part de réductions d’émissions est faite par des projets à l’étranger, plus le risque est grand qu’ils ne répondent pas aux critères de durabilité. Les expériences faites jusqu’ici montrent que beaucoup de projets réalisés n’ont pas ou pas suffisamment tenu compte du respect du développement durable, en particulier des exigences du travail décent. Nous n’acceptons pas que pour protéger le climat, les conditions de travail soient mauvaises ! Par ailleurs, si l’on persiste à vouloir faire 40% des réductions d’émissions à l’étranger, il en résultera une procédure de contrôle plus lourde et plus coûteuse si l’on veut que l’article 6 al. 2b de la nouvelle loi sur les émissions de gaz à effet de serre soit bien respecté. Cet article, d’ailleurs bienvenu, indique que la réduction d’émissions réalisées à l’étranger, dans les pays peu développés, doit contribuer au développement durable et ne pas avoir d’impact négatif sur le plan environnement et social.

En faire beaucoup plus pour réduire les émissions des transports privés motorisés

C’est paradoxal : le secteur qui a le plus réduit jusqu’ici ses émissions (celui du bâtiment, ménages et services inclus), continue à être le plus mis à contribution. Alors que les réductions de gaz à effet de serre dans ce secteur étaient de près de 30% en 2014 par rapport à 1990, l’industrie a fait moins bien en réduisant les siennes de 13% alors que les transports, eux, affichent même un indécent + 9% ! Or le projet du Conseil fédéral prévoit surtout de poursuivre les efforts pour le secteur du bâtiment avec l’augmentation de la taxe sur le CO2 pour les combustibles jusqu’à 240 francs par tonne et, si cela ne suffit pas, à interdire les chauffages au mazout aussi pour les anciens bâtiments. En revanche, rien de plus n’est demandé aux entreprises. Au contraire, le nouveau système prévu d’exemption de la taxe sur le CO2, et l’orientation du Parlement actuel qui est favorable à l’allégement des entreprises tous azimuts, risquent bien d’augmenter fortement la facture des pouvoirs publics – et donc celle des contribuables – pour exempter plus fortement les entreprises de la taxe sur le CO2.

Quant au secteur des transports, c’est bien pire puisque le projet ne prévoit pas de mesures supplémentaires, l’abaissement des émissions de CO2 pour les voitures étant déjà fixé dans la stratégie énergétique 2050. C’est pourquoi, il devient indispensable d’inclure dans le projet aussi des mesures pour le secteur des transports individuels motorisés. Il faut au minimum, d’une part, introduire une taxe sur le carburants et, d’autre part, que les pouvoirs publics soutiennent par des subventions les achats de voitures électriques afin qu’elles puissent plus rapidement percer sur le marché ainsi que l’infrastructure concomitante.

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09 novembre 2016, Denis Torche, Responsable politique environnementale, fiscale et extérieure Drucker-icon

Recommandation de vote du Comité de Travail.Suisse pour la votation du 27 novembre 2016

Le Comité de Travail.Suisse, l’organisation faîtière indépendante des travailleurs et travailleuses a, lors de sa séance du 31 août 2016, décidé de prononcer la liberté de vote pour l’initiative « Pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire (initiative «Sortir du nucléaire»). suite

L’initiative sortir du nucléaire demande l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires et une durée maximale d’exploitation de 45 ans pour les centrales nucléaires existantes. L’initiative prévoit en plus pour la sortie programmée du nucléaire un tournant énergétique reposant sur des économies d’énergie, l’efficience énergétique et le développement des énergies renouvelables.

Si les inspections de sécurité montrent qu’une centrale nucléaire ne doit plus être exploitée, il faut, selon le Comité de Travail.Suisse, la débrancher. Mais cela nécessite une planification à long terme, suivant en cela l’exemple de la centrale nucléaire de Mühleberg. Or, les délais de mise hors circuit des centrales nucléaires, tels que prévus par l’initiative, ne garantissent pas cette planification à long terme. Cela empêcherait aussi la reconversion du personnel concerné. Le Comité regrette dès lors que l’on n’ait pas réussi à régler de façon plus claire la question de la durée de fonctionnement des centrales nucléaires dans la stratégie énergétique 2050. C’est pourquoi, le Comité de Travail.Suisse a décidé de la liberté de vote.

Pour d’autres renseignements :
Adrian Wüthrich, président de Travail.Suisse, Tél. 031 370 21 11, mobile : 079 287 04 93

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01 septembre 2016, Adrian Wüthrich, Président Drucker-icon

Votations fédérales du 25 septembre 2016 : L’économie durable, dans l’intérêt des travailleurs mais aussi de l’économie

L’initiative des Verts pour une économie durable renforce l’économie suisse dans le sens de l’efficience et de la durabilité. Moins gaspiller et mieux gérer les ressources est aussi bon pour les travailleurs car cela permet de maintenir un environnement de qualité sans lequel il n’est pas possible de prospérer à long terme. Pour l’économie, l’initiative est plus une chance qu’une contrainte car elle l’incite à innover en utilisant moins d’énergie et de ressources naturelles, ce qui réduit aussi les coûts de production. Par ailleurs, l’économie durable est une importante source d’emplois qualifiés, durables et répartis dans tout le pays. suite

L’initiative « Pour une économie durable et fondée sur une gestion efficiente des ressources (économie verte) » vise à inscrire dans la Constitution fédérale les principes de l’économie circulaire (économie où les ressources sont le moins possible gaspillées ou réintégrées dans le cycle de production). Pour mettre en œuvre les principes de l’économie durable, l’initiative prévoit que la Confédération fixe des objectifs à moyen et à long terme. Pour y parvenir, elle peut encourager la recherche et l’innovation, édicter des prescriptions applicables aux processus de production et aux produits et prévoir des taxes d’incitation sur la consommation des ressources naturelles mais sans incidences sur le budget. Il n’y aura donc pas de nouveaux impôts. Dans les dispositions transitoires de la Constitution, l’initiative prévoit une forte diminution de l’ « empreinte écologique » de la Suisse.

Réduire l’empreinte écologique de la Suisse : on n’a pas le choix !

L’empreinte écologique est une mesure indiquant quelles sont les surfaces à disposition pour un pays ou même pour la planète pour couvrir ses besoins de façon renouvelable. La Suisse a une empreinte écologique bien trop forte. Ne pas prendre les mesures nécessaires pour la réduire fortement coûtera au final plus cher : car ne rien faire équivaut à une consommation non durable des ressources, ce qui détruit les bases mêmes sur lesquelles repose le développement de l’économie. Une planète en très mauvais état écologique est très nocive pour l’économie elle-même et donc pour les emplois. L’initiative fixe le délai de 2050 pour réduire fortement l’empreinte écologique de la Suisse. L’objectif est réalisable si l’on prend les mesures nécessaires sans tarder et correspond aussi à la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre à une tonne par habitant d’ici 2050.

Le Conseil fédéral, conscient de l’importance de l’initiative pour une économie durable, a décidé en 2014 de lui opposer un contre-projet indirect sous la forme d’une révision de la loi sur la protection de l’environnement (LPE). Malgré l’accueil majoritairement favorable issu de la procédure de consultation, le Parlement a édulcoré puis enterré le projet sous la pression du lobby économique n’y voyant que des contraintes étatiques préjudiciables à l’économie.

On a ainsi raté la chance d’avoir de nouvelles dispositions très importantes pour une économie durable, prévues dans la révision de la LPE ; comme par exemple la prise en compte de l’impact des nuisances environnementales à l’étranger (importation de matières premières et de produits finis), la traçabilité des produits ou la valorisation des déchets contenant des métaux rares, ce qui aurait permis de créer de nouveaux emplois en Suisse.

Maintien et création de nouveaux emplois

Il est vraisemblable que si le Parlement avait adopté la révision de la LPE, l’initiative aurait pu être retirée. Il ne reste donc que l’initiative pour maintenir la pression nécessaire pour poursuivre et renforcer la durabilité des processus économiques. Il est dès lors important que l’initiative fasse au moins un bon score. Sinon, la Suisse rechignera à rendre son économie plus durable, au préjudice de l’innovation et des investissements dans les cleantechs. Le développement de nouveaux emplois prometteurs et tournés vers l’avenir sera dès lors compromis. Pour les travailleurs et travailleuses, l’initiative représente donc bien une chance de sauvegarde et de création de nouveaux emplois car elle stimulera l’innovation et favorisera le recyclage en particulier.

On peut rappeler dans ce contexte que la Suisse s’est engagée à mettre en œuvre les objectifs de développement durable pour 2030. 1 Plusieurs de ces objectifs concernent l’économie durable comme l’objectif 12 qui est « d’établir des modes de consommation et de production durables » et l’objectif 8 qui est de « promouvoir une croissance économique soutenue, partagée et durable, le plein emploi productif et un travail décent pour tous ». Lors de la Conférence internationale du travail de juin 2016 à Genève, la Suisse s’est engagée pour une liste d’indicateurs pertinents pour mettre en œuvre cet objectif et a insisté sur le rôle crucial des entreprises et la mise en place de partenariats pour atteindre cet objectif. Dans le cadre du processus législatif mais aussi du partenariat social, Travail.Suisse et ses fédérations sont prêtes à s’investir dans cette direction.

Enfin, en orientant son économie vers une consommation toujours plus faible de ressources, la Suisse contribue à un monde plus équitable et gagne en crédibilité sur le plan international.
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p(footnote). 1 L’assemblée générale de l’ONU a adopté en automne 2015 les Objectifs de développement durable (ODD). Ils réunissent des objectifs de promotion du développement des pays pauvres et des objectifs de développement durable qui touchent tous les pays.

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2016 08 22 Votation Economie-verte f.docx 19 KB

22 août 2016, Denis Torche, Responsable politique environnementale, fiscale et extérieure Drucker-icon

Conférence de Paris sur le climat : Un signal fort pour le climat mais tout reste à faire

La 21ème conférence des parties ( COP21) à la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) se conclut par un accord international valable pour tous les pays avec l’objectif de limiter le réchauffement mondial en deça de 2° et si possible à 1,5° pour le 21ème siècle. Cet objectif est soutenu par le mouvement syndical car une « planète morte » est le pire scénario pour l’emploi aussi. Mais il faut aussi mieux intégrer désormais le concept de transition juste et de travail décent dans la problématique du climat. suite

Les précédentes négociations internationales sur le climat (Sommet de Copenhague en 2009, Conférence de Durban en Afrique du Sud en 2011), faisant suite au protocole de Kyoto 1, avaient échoué à fixer des objectifs contraignants. La Conférence de Paris fixe à partir de 2020 un nouvel accord dont la vocation est de succéder au protocole de Kyoto.

Les trois enjeux de Paris tenus

Les trois enjeux majeurs de la Conférence de Paris sur le climat ont été :

- fixer des engagements contraignants par pays de réductions de gaz à effet de serre tout en tenant compte du principe de responsabilités communes mais différenciées ; la responsabilité des pays industrialisés est à juste titre plus forte que celle des pays en développement ;

- fixer des modalités de révision de l’accord. Il faut pouvoir évaluer si les objectifs sont atteints. Suivant l’avancée des connaissances scientifiques, les objectifs fixés pourraient être insuffisants, d’où la nécessité de pouvoir réviser l’accord ;

- trouver un financement adéquat pour les pays les moins développés. Le financement promis par les pays industrialisés doit se concrétiser mais aussi ne pas amputer l’aide au développement existante. Il faudra donc trouver des ressources financières additionnelles. On peut envisager une taxe sur les transactions financières et la suppression progressive des subventions qui nuisent à l’environnement.

L’Accord adopté à Paris peut dans ce sens être considéré comme un succès car, dans l’ensemble, les trois enjeux ont été tenus. Il faudra maintenant bien vérifier à ce que les objectifs nationaux de réduction de gaz à effet de serre se réalisent. L’absence de sanctions est un point faible dans cette perspective. Tout reste à faire car les objectifs nationaux actuels permettraient de limiter le réchauffement mondial plutôt à 3° que 2° et en tout cas pas à 1,5°.

Selon le cinquième rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) de 2014, les émissions globales doivent diminuer de 40 à 70 pourcent par rapport à 2010 si l’on veut stabiliser l’augmentation des températures à un niveau qui ne mettrait pas la terre et ses habitants en danger existentiel. Pour les pays industrialisés cela signifie des diminutions d’émissions de 80 pourcent.

Ne pas miser que sur le progrès technologique

Il est douteux que ces objectifs puissent être atteints que par le progrès technologique. Un regard rétrospectif montre que depuis 1990 l’intensité en carbone dans la production a diminué globalement de 0,7 pour cent par an. Mais comme l’économie a cru davantage que le progrès technologique, les émissions de carbone ont augmenté au rythme de 2 pourcent par an! 2

Il faudra donc prendre aussi des mesures visant à changer les habitudes de consommation. On oublie aussi le fait que le changement climatique aura des répercussions très différentes pour les salarié-e-s selon les secteurs dans lesquels ils sont employés. Certains seront gagnants, par exemple dans les branches de l’efficience énergétique, des énergies renouvelables alors que d’autres risquent de perdre leur emploi dans les secteurs des énergies fossiles, des transports motorisés, des industries extractives ou à forte intensité énergétique.

C’est la raison pour laquelle un accord international sur le climat ne doit pas seulement se soucier des objectifs de réduction des gaz à effet de serre mais aussi de ses effets potentiellement énormes sur l’emploi et les conditions de travail ; cela en raison des changements majeurs qui devront être apportés aux modes de production avec le processus indispensable d’écologisation de l’économie.

Suivant la structure économique des pays, il y aura donc une nécessité plus ou moins forte de prévoir « une transition juste » afin que les travailleurs et travailleuses des entreprises et secteurs « perdants » puissent suivre des programmes de formation ou de requalification et retrouver un autre emploi.

Sur le plan social, la nécessité de réduire les émissions de gaz à effet de serre pourrait faire fortement augmenter le prix de l’électricité ou du chauffage – avec un impact plus marqué pour les ménages modestes car les coûts de l’énergie représentent une part proportionnellement plus élevée de leurs revenus que pour les ménages plus aisés. Les bas revenus ont aussi moins de marge de manœuvre pour substituer aux sources d’énergie fossile des énergies propres que les ménages plus aisés.

C’est pour ces raisons que le mouvement syndical international, relayé au niveau suisse par Travail.Suisse, demande que l’on intègre dans les discussions internationales sur le climat la question de la transition juste. Il faut inclure des mesures pour atténuer les effets sociaux et sur l’emploi des réductions des gaz à effet de serre, comme le « verdissement » des compétences, le respect des droits syndicaux et la participation des travailleurs et travailleuses. Sinon, le risque est grand que le passage d’une économie intensive en carbone à une économie « décarbonisée » soit rejeté par manque de soutien des salarié-e-s pendant la période de transition.

Un pas avait déjà été fait dans cette direction lors de la Conférence sur le climat de Cancun de 2010 avec la mention de la transition juste dans le texte final : « Les parties réalisent que la lutte contre le changement climatique nécessite un changement de paradigme pour l’établissement d’une société à faible émission de carbone qui offre d’importantes possibilités et assure une croissance élevée et le développement durable, basée sur des technologies innovantes et une production, une consommation et des modes de vie plus durables, tout en assurant une transition juste pour la main-d’œuvre qui crée un travail décent et des emplois de qualité. 3 »

Référence minimale dans l’Accord de Paris à la transition juste

Il s’agit maintenant de donner un contenu plus concret au concept de transition juste. Il serait bienvenu que l’on intègre les connaissances acquises par l’Organisation internationale du travail (OIT) sur ce point. Car l’OIT a adopté l’initiative verte qui vise à optimiser sa contribution à la transition vers un modèle de développement durable à faible empreinte de carbone au moyen de l’intégration d’une composante concrète sur le travail décent. Elle a organisé pendant la Conférence internationale du travail de juin 2015 le Sommet de haut niveau sur le changement climatique et le monde du travail. En outre, l’OIT, qui a participé à la Conférence de Paris sur le climat, prévoit d’intensifier ses travaux pour une stratégie pour une transition juste.

L’Accord de Paris fait référence dans une annexe aux impératifs de cette transition juste mais de manière très limitée. Il reste donc un grand travail de sensibilisation à faire pour que l’on intègre bien plus à l’avenir la notion de transition juste et de travail décent comme contribution essentielle pour lutter contre le réchauffement climatique.

1 Adopté en 1997, le protocole de Kyoto a été le premier instrument international fixant des réductions des émissions de gaz à effet de serre pour les pays qui l’ont ratifié. Mais il n’a jamais eu l’importance nécessaire du fait que ni la Chine ni les Etats-Unis ne l’ont signé. La Suisse s’est engagée pour une réduction de 20 pourcent par rapport à 1990 pour la période 2013-2020, ce qui correspond à la loi sur le CO2 en vigueur.
2 Voir le chapitre politique environnementale et climatique p. 87-109 de l’ouvrage « Au-delà de la confusion du monde. Analyses et actions de politique de développement », Editions d’en bas, alliance sud, 2015.
3 Accord de Cancun, 1. Vision commune pour une coopération à long terme, décembre 2010

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14 décembre 2015, Denis Torche, Responsable de la politique d'énergie et d'environnement Drucker-icon